Compétitivité et augmentation du chômage : Assez de remplir l’ANPE et les poches des patrons!06/04/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/04/une1914.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Compétitivité et augmentation du chômage : Assez de remplir l’ANPE et les poches des patrons!

Une nouvelle fois les chiffres du chômage sont en hausse. Jeudi 31 mars était publié le nombre de chômeurs officiellement recensés en février: 2481000, soit une augmentation de 0,5% sur un mois. D'ailleurs, fataliste, le ministre du Travail Borloo, rebaptisé ministre de la Cohésion sociale justement pour faire oublier le chômage, a lâché à cette occasion, à propos de l'engagement de Raffarin sur une baisse du chômage de 10% en 2005: «Cet engagement ne sera probablement pas tenu précisément sur les chiffres annoncés». Et pour cause!

Pour toute l'année 2004, on nous a annoncé une croissance de 2,4%. Pendant le même temps, les entreprises industrielles et commerciales ont créé moins de 20000 emplois nouveaux et le chômage a augmenté. Cela veut dire en clair que les salariés de ce pays ont produit plus, à moins nombreux. Car pendant qu'on produisait plus, les patrons ont procédé à près de 180000 licenciements économiques. Et encore, ces licenciements économiques officiellement recensés ne tiennent pas compte des dizaines de milliers de fins de CDD ou de contrats d'intérim.

C'est cela, «l'amélioration de la compétitivité de notre industrie», revendiquée par le patronat, facilitée par le gouvernement et vantée tant par la droite que par la gauche, PS en tête. Cette «compétitivité», ou ces gains de productivité, comme les patrons les appellent plus prosaïquement entre eux, ont eu comme résultat, parallèlement à l'augmentation du chômage, l'explosion des profits patronaux. À titre d'illustration, Total frôlait un bénéfice de 10 milliards d'euros, les plus hauts bénéfices jamais atteints par une entreprise française, et le trust français Arcelor, géant mondial de la sidérurgie, voyait en 2004 ses bénéfices augmenter de 900% sur une seule année. Ces deux champions du CAC 40, à l'image d'une grande partie de leurs confrères, ont programmé dans le même temps des milliers de suppressions d'emplois.

Quand Chirac, Raffarin, Sarkozy ou... Hollande se placent en champions de l'action pour «l'amélioration de la compétitivité de l'industrie française», c'est donc bien à cette politique-là qu'ils entendent tous se soumettre et oeuvrer.

Rien ne devrait s'améliorer, puisqu'on nous annonce, en plus, une croissance en baisse pour les mois à venir.

Pourtant il serait possible de créer des emplois, en prenant sur les profits accumulés par les entreprises depuis des dizaines d'années, avec en tête les plus grandes. Les gains de productivité dans l'industrie ont été constants depuis plus de vingt ans. La valeur de ce qui a été produit dans le pays a continué régulièrement à croître, pendant que les emplois fondaient de 20% dans la même période. Voilà où est la racine du mal, mais voilà aussi ce à quoi ne veulent en aucun cas toucher tous les gouvernants.

Ils sont sans moyens d'action? C'est à voir. À titre d'exemple, le gouvernement a décidé d'accorder 15 milliards d'euros par an d'allégements de cotisations sociales aux patrons, pour les «bas salaires», jusqu'à 1,6 fois le smic, ce qui correspond à la grande majorité des salariés. Cet argent distribué au titre «des aides à l'emploi» ne sert à rien, si ce n'est à remplir le portefeuille des patrons. Rien que cette somme permettrait de financer la création immédiate de 750000 emplois, charges comprises, à un salaire de 1200 euros par mois, dans tous les secteurs où ils manquent cruellement, par exemple dans les hôpitaux, là où le scandale du manque d'effectifs éclate en ce moment. Et ces 750000 emplois entraîneraient une baisse immédiate de 30% du nombre des chômeurs.

C'est de cette politique-là que ni le gouvernement actuel, ni d'ailleurs ses prédécesseurs et les candidats à sa succession ne veulent. Alors, le monde du travail devra la leur imposer.

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