Travail saisonnier : L'envers du décor de la période estivale26/08/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/08/une1882.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Travail saisonnier : L'envers du décor de la période estivale

Durant l'été, on compte 1.200.000 travailleurs saisonniers dont un tiers, soit 400.000, travaillent dans le secteur du tourisme, en majorité des jeunes de moins de 25 ans.

Beaucoup de secteurs offrent de tels emplois dès lors que les patrons peuvent établir l'existence d'un surcroît d'activité lié à un moment particulier de l'année et qui revient donc tous les ans de manière périodique.

Du point de vue légal, le travailleur saisonnier possède un statut du type contrat à durée déterminée (CDD) mais sans prime de précarité et sans pouvoir prétendre aux allocations chômage (bien qu'il cotise comme les autres salariés), ni à la priorité à la réembauche (qui n'est cependant guère existante pour les autres salariés).

Beaucoup d'employeurs embauchent pour l'été à des conditions de salaire et d'horaires lamentables, profitant de la précarité de ces salariés.

Une enquête menée ces dernières années auprès des saisonniers d'été montrait que 25% des interrogés étaient sans contrat, 19% travaillaient au noir, 15% travaillaient plus de 56 heures par semaine, 44% n'avaient pas d'horaires fixes, et 20% travaillaient tous les jours sans aucun jour de repos. C'est particulièrement le cas dans l'hôtellerie, la restauration et le tourisme.

Le logement de ces travailleurs est un problème récurrent et qui s'aggrave. Les stations balnéaires n'étant pas la patrie du logement social ou à bas prix, ces travailleurs peu payés n'ont bien souvent aucune chance de trouver un logement quelque peu décent à proximité de leur travail: dans ces stations, le prix d'un studio atteint fréquemment 600 euros par semaine. Comment ces travailleurs, rarement payés plus de 1000 euros par mois, pourraient-ils y prétendre? Sans compter que dans des régions comme Nice, 20.000 demandes de HLM sont déjà en attente. Il est donc inimaginable qu'un travailleur saisonnier puisse, au pied levé, trouver un logement social. Bien que les employeurs légalement soient tenus de fournir un logement ou tout au moins des offres de logement, il n'est pas rare que des travailleurs doivent dormir dans un coin, sur un petit matelas ou, au mieux, entassés à plusieurs dans un studio ou une chambre. Une étude de la Fondation Abbé Pierre citait, déjà en 2002, des saisonniers dormant "au milieu des rats et des araignées", "quatre ou cinq salariés logés dans un studio de 20m², des squats dans des hôtels désaffectés", ou dormant dans leur voiture.

Le secteur a tellement mauvaise presse que des milliers d'offres d'emplois ne sont pas pourvues et les patrons s'en plaignent. Il ne vient bien évidemment pas à l'esprit des patrons d'offrir des salaires corrects et des conditions de travail et de vie meilleures!

C'est pour répondre au problème du patronat des hôtels, cafés, restaurants que Raffarin a tenu le 23 juillet un conseil interministériel sur le tourisme. Il en est ressorti un objectif sur trois ans de construction ou de réhabilitation de 1000 logements par an destinés aux travailleurs saisonniers, avec un budget de 30millions d'euros. L'objectif étant, à long terme - sans que le délai ait été clairement défini - de 10000 logements sociaux. Notons qu'en 2000, la gauche au gouvernement s'était fixé un objectif deux fois plus ambitieux: 6000 logements sur trois ans, mais cela était resté lettre morte.

Bien qu'il n'existe pas de statistique officielle sur le logement des travailleurs saisonniers, le ministère du Tourisme estime à 10.000 le manque de logements, la CFDT l'estime à plus de 15000.

Alors, si leurs prétendus "objectifs" étaient atteints, on serait encore loin du compte!

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