RER D : La mythomane et les menteurs15/07/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/07/une1876.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

RER D : La mythomane et les menteurs

On sait maintenant que l'agression dans le RER D, dont se prétendait victime une jeune femme, n'était qu'un douteux scénario issu de ses fantasmes. N'empêche qu'une telle affaire, si elle s'était effectivement produite (non seulement l'agression mais les détails qui l'accompagnaient: les croix gammées, les insultes antisémites), ne pouvait que révolter. Les propos, et bien plus encore les actes antisémites, sont intolérables et sans excuse, même quand ils sont le fait de voyous qui n'ont pas toujours une conscience claire de la signification de leurs gestes. Tout comme sont révoltantes toutes manifestations racistes et xénophobes. Et il n'y en a pas seulement dans les transports en commun, mais aussi dans les rapports quotidiens, même si elles ne sont pas aussi brutales, dans les discriminations à l'embauche par exemple. Même s'il serait trop facile de justifier une ignominie par une autre, les unes et les autres s'alimentent mutuellement.

Cette fois, cette histoire s'est terminée par une pantalonnade dont Chirac et ses ministres ne sortent pas grandis. Leur empressement à se saisir d'un fait divers choquant et condamnable, alors même que les responsables de la police émettaient des réserves, s'est retourné contre eux. Sans même se donner le temps de vérifier, et ils disposent des moyens d'État pour le faire, ils l'ont avalisé et du coup ils ont transformé en une affaire grave ce qui ne relevait que d'un simple suivi médical. Comme quoi ils sont capables de dire n'importe quoi! Même et surtout quand ils prétendent agir pour le bien de tous, et en particulier quand ils prétendent agir dans l'intérêt de ce qu'ils appellent, non sans un brin de condescendance,«la France d'en bas».

La presse n'a pas peu contribué à l'amplification du bobard, Mais elle a comme excuse, d'une part, de s'appuyer sur les dires gouvernementaux. Et d'autre part, son «créneau» n'est-il pas de vendre du sensationnel, quitte à contribuer à flatter les préjugés?

Mais les propos gouvernementaux n'ont pas été en reste. En insistant sur la prétendue passivité des voyageurs face à une agression fictive, les porte-parole ne se sont pas privés de dénoncer leur responsabilité. C'est vrai qu'ils ne sont pas intervenus. Et pour cause! Il n'est évidemment pas normal de ne pas essayer de venir en aide à qui se trouve en difficulté. Mais souvent, ce n'est ni simple ni facile. Aux exemples de ceux qui restent cois parce qu'ils ont peur, ou qu'ils ne se sentent pas en situation de pouvoir intervenir, on peut opposer de nombreux exemples de femmes et d'hommes qui se sont interposés.

Et ces ministres, qui font la leçon à cette population qui n'aurait pas le courage d'agir, n'ont-il pas eux-mêmes pris la fâcheuse habitude de se défausser de leur propre responsabilité sur les «gens»? Or si l'insécurité a grandi au fil des ans dans les transports publics, par exemple, n'est-ce pas aussi dû à la diminution du personnel dans les gares, les trains, les autobus?

L'argument de la responsabilité des simples citoyens nous avait été servi lors de la canicule de l'été passé. Les ministres avaient alors incriminé la négligence des parents et des voisins des victimes, plutôt que de reconnaître que ce qui avait transformé une anomalie climatique en hécatombe était surtout dû à l'insuffisance criante de structures d'accueil et de soins aux personnes âgées, insuffisance qui n'avait cessé de s'amplifier, à mesure que les gouvernements successifs réduisaient leurs efforts budgétaires.

Nos gouvernants se prétendent les représentants du peuple, censés être au service de la collectivité. Mais ils ne savent qu'incriminer la population quand leur responsabilité est en cause. C'est qu'en fait ils ne sont pas au service de la collectivité, mais au service des riches.

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