Logements insalubres : Chers et dangereux18/06/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/06/une1872.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Logements insalubres : Chers et dangereux

Le 11 juin, un incendie dans un hôtel meublé de Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne, a fait une trentaine de blessés, dont huit graves, parmi les occupants qui, bloqués dans leur chambre par l'incendie de la cage d'escalier, ont tenté de s'enfuir par les fenêtres ou ont été intoxiqués par la fumée.

L'immeuble avait pourtant reçu l'agrément de la commission de sécurité, en juin 2003. Mais les locataires ont dénoncé le manque d'entretien des locaux, s'en prenant au propriétaire, le traitant de "marchand de sommeil" qui faisait payer très cher -jusqu'à mille euros par mois- des chambres dans lesquelles s'entassent des familles entières.

Malgré toutes les promesses faites par Borloo et ses prédécesseurs, le manque de logements sociaux encourage les pratiques des marchands de sommeil, qui bien souvent louent des taudis ou des chambres minuscules à un prix exorbitant, bien supérieur à celui des appartements du secteur privé, pourtant largement surévalués eux aussi du fait de la pénurie.

Le paradoxe veut que ce soit bien souvent la seule alternative offerte aux plus démunis pour se loger: ouvriers étrangers arrivant en France, familles expulsées du parc HLM ou de logements insalubres et qui attendent des années un hypothétique relogement, chômeurs qu'aucun propriétaire ne veut avoir comme locataires, etc. Parfois même, faute de logements disponibles, des associations se voient contraintes d'orienter des familles vers les propriétaires de taudis ou d'hôtels meublés.

En outre, les marchands de sommeil savent tourner à leur avantage les aides au logement versées par les Caisses d'allocations familiales. Les ménages aux revenus modestes ont droit à une allocation de logement qui peut être proche du montant du loyer et, le plus souvent, elle est versée directement au bailleur, en tiers payant. Bien sûr, la loi prévoit que les aides au logement ne s'appliquent pas dans le cas de taudis, pour ne pas enrichir encore plus les marchands de sommeil. Mais, outre que les logements insalubres sont loin d'être tous répertoriés, les Caisses d'allocations familiales hésitent aussi à ajouter aux difficultés financières des allocataires en les privant d'une partie de leurs ressources.

Mais tant que la construction de logements sociaux restera dans le domaine des promesses non suivies d'effet, les bailleurs de taudis insalubres et dangereux auront de beaux jours devant eux.

Partager