Interdits bancaires : Les banques ne veulent pas des pauvres18/06/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/06/une1872.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Interdits bancaires : Les banques ne veulent pas des pauvres

Les services bancaires font partie des biens de première nécessité. Sans compte bancaire, chéquier, carte de retrait, il est bien difficile de mener une vie normale dans la France d'aujourd'hui. Devoir tout payer comptant et en espèces, avec le mandat postal comme seul moyen de paiement à distance, c'est s'exposer à des complications sans fin. C'est pourtant ce que subit près de 10% de la population.

Un million de personnes, surtout des travailleurs précaires ou réduits aux minima sociaux, n'ont pas de compte du tout. Les banques ferment leur compte au premier incident ou refusent tout simplement de leur en ouvrir un. Elles avancent le prétexte que ce seraient des clients "à risque". La vraie raison est que, vu leurs faibles revenus, ils ne rapportent pas assez à la banque.

Depuis la loi Aubry de 1998 contre l'exclusion et la mise en place en 1999 d'un service bancaire de base, ils peuvent théoriquement faire intervenir la Banque de France pour qu'au moins on leur ouvre un compte. Mais bien peu font la démarche et, de fait, les banques parviennent à les exclure de leurs services.

Le seul recours est La Poste, qui ne peut refuser à personne l'ouverture d'un compte et d'un livret A, et dont les bureaux sont proches et d'accès libre, à la différence de ceux des banques, protégés par des sas et des vigiles. Mais les réorganisations en cours à La Poste ne vont pas dans le sens de maintenir ce "service social". La réduction du nombre de bureaux de poste, la transformation des services financiers en une véritable banque, la pression sur les guichetiers pour qu'ils "fassent du chiffre", tout cela risque bien d'aboutir à l'exclusion progressive des plus pauvres.

Enfin, deux millions de personnes possèdent un compte, mais ne peuvent avoir ni chéquier ni carte bancaire. Les banques les voient d'un mauvais oeil: leurs revenus sont faibles et pour toute opération ils doivent venir au guichet et avoir recours à un employé. Les banques ont beau leur facturer le plus cher possible les retraits d'argent, elles tâchent tout de même de se débarrasser d'eux, pour réduire l'emploi, et en particulier le personnel de guichet.

Ces trois millions d'exclus bancaires ne peuvent bénéficier d'aucun crédit, par exemple pour acheter un appareil électro-ménager. Là aussi, le risque serait trop grand! Et bon nombre de travailleurs à tout petits revenus ou de retraités sont dans le même cas qu'eux.

Pour eux, l'argent, les achats, cela veut donc toujours dire des billets et des pièces. À l'époque de la finance électronique, de la Bourse mondiale, des bulles spéculatives diverses et des capitaux flottants, encore heureux qu'on ne les ait pas réduits au troc!

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