Lu Danone - Château-Thierry (Aisne) : Un patron qui nous parle comme à un chien13/05/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/05/une1867.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Lu Danone - Château-Thierry (Aisne) : Un patron qui nous parle comme à un chien

Si du côté des slogans publicitaires on entend "Danone, être mieux chaque jour", du côté des usines, bien sûr, il en va tout autrement. En 2001, nous avions appris par la presse que Danone envisageait de fermer les sept usines LU du pays. Depuis, les usines de Calais et d'Évry ont fermé en 2003 et à Château-Thierry, cent travailleurs ont été licenciés.

LU est-il pour autant un groupe qui ne fait pas de profits? Pas du tout et le journal Capital de ce mois informe que: "Riboud est toujours dans le pétrin. Et pourtant, sa branche biscuits a encore affiché en 2003 une rentabilité de... 9,1%. La plupart des patrons du CAC 40 s'en pâmeraient d'aise. Le boss de Danone, lui, fait grise mine. Cette branche plombe les comptes du groupe, car elle rapporte nettement moins que ses deux autres activités: les produits laitiers dégagent une rentabilité de 13,7% et les eaux minérales de 15,1% ".

Riboud, le PDG du groupe, a donc réagi. Il a licencié l'ancien dirigeant de LU France en septembre dernier, chargeant le nouveau de redresser la situation d'ici septembre 2004. Depuis quelques semaines, ce dernier a décidé de faire le tour des popotes, les cinq usines restantes, et il est venu à Château-Thierry le mercredi 28 avril rencontrer l'ensemble du personnel.

Ce nouveau dirigeant veut sauver sa propre place, tous les moyens lui sont bons et il ne fait pas dans la dentelle. Ce genre de monsieur se croit tout permis, quitte à être injurieux et humiliant à notre égard. Il n'hésite pas à cracher dans la soupe qui depuis des années a nourri des centaines d'actionnaires parasites et les hauts cadres du groupe. Au moins, les choses sont claires et nous savons à quoi nous en tenir et ce que nous devons faire à l'avenir.

Aux questions qui lui ont été posées sur l'avenir du site de Château-Thierry ou plus largement sur celui du groupe LU, ses réponses ont été très directes et sans ambiguïté. Avec morgue, il a commencé par donner son appréciation de l'usine: "Ce n'est pas une usine mais un grand atelier de pâtisserie. Vous avez des pétrins de grande cuisine". Voilà pour son introduction; et de poursuivre: "Je ne pense pas lancer de nouveaux produits. Ici (à Château), cela relève d'un grand pâtissier", et comme ce monsieur prétend faire de la haute économie sur le plan mondial, il se permet de tirer la conclusion: "Votre atelier est en plein centre-ville, il est condamné". Et voilà pour Château-Thierry.

Pour le groupe LU, voici son appréciation: "Le malade est toujours en réanimation et commence à se réveiller. Je veux tirer les volumes vers le haut et pas l'inverse. Si cela ne marche pas, le groupe Danone se séparera de la branche biscuits". À celles et ceux qui triment à cause de cadences de plus en plus démentes, il rétorque qu'en Chine ou en Russie (les biscuits sont produits sous la marque Bolshevik) le travail c'est sept jours sur sept d'un bout de l'année à l'autre et en trois équipes avec des tonnages dix à vingt fois supérieurs à ce qui se fait ici. À la question de savoir si les assortiments qui sont la spécificité de Château-Thierry et que toutes les directions successives nous présentaient comme étant le point central de la production, il a tapé sur le même clou avec une attitude provocante: "La société, à Château, n'a aucun avenir. Je vais revenir avec un grand pâtissier, si j'en trouve un qui voudrait reprendre".

Et comme rien ne l'arrête, il devient tout simplement odieux: "Delacre a aussi une image de marque mais le marché de l'assortiment est en baisse. Dans cinq ans, Delacre ne vendra plus d'assortiments parce que personne n'achète plus de boîtes d'assortiments. Les personnes qui en achetaient meurent et les nouvelles personnes âgées ne mangent plus d'assortiments. La mode est passée, ce n'est pas de ma faute".

Voilà le genre d'olibrius que nous a envoyé Riboud. Il n'a pu s'empêcher de prendre la pose devant la direction locale en déclarant: "Je suis en réflexion mais l'avenir du site est condamné". En attendant, il a le culot de nous demander encore plus de souplesse et de flexibilité. Il l'a d'ailleurs dit très clairement: "Quant à votre travail saisonnier, il faudra travailler 4 mois à 5 jours, 4 mois à 6 jours et 4 mois à 4 jours. Ce qui permettrait de reculer la fermeture du site".

Ce monsieur aux ordres de Riboud veut nous mettre dans le pétrin. Il profère des menaces sur nos emplois et en plus il veut pouvoir presser le citron jusqu'à la dernière goutte! C'est tout réfléchi, il veut nous faire la peau et nous ne nous laisserons pas faire. Il faut interdire tout licenciement dans les entreprises qui font des profits sous peine de réquisition. LU en fait partie.

Partager