Irak : Les outils des puissances impérialistes pour soumettre les peuples pauvres13/05/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/05/une1867.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Irak : Les outils des puissances impérialistes pour soumettre les peuples pauvres

Plus les jours passent, plus apparaît l'horreur des traitements que l'armée américaine a infligés en Irak aux personnes qu'elle a arrêtées depuis 2003. Les troupes britanniques, de leur côté, n'ont pas été en reste. Et au fil des jours et des témoignages, il transparaît que les autorités militaires, voire civiles, ont mis sur pied en Irak un système généralisé de répression et de traitements inhumains et qu'en aucun cas il ne s'agit d'incidents isolés comme essayent de le faire croire Bush ou Blair.

Le nombre de personnes incarcérées depuis 2003 par la seule armée américaine dépasserait 200000, pour la plupart des civils. La Croix-Rouge estime que 90% des personnes arrêtées par l'armée américaine l'avaient été sans raisons apparentes. Des centaines de personnes sont portées disparues, exécutées sommairement ou décédées des suites des mauvais traitements. La Croix-Rouge en recense 37, qu'elle a identifiées, pour la seule armée britannique.

Il y a l'emploi systématique de la torture, des traitements les plus dégradants, des viols afin de briser les personnes emprisonnées et, accessoirement, de les "faire parler", même s'ils ne savaient rien. Ce sont les responsables des unités de renseignements militaires et de la police militaire qui ont organisé les "traitements" de ces prisonniers. Mais pas uniquement des militaires, car la CIA, l'agence centrale de renseignement du gouvernement américain, qui ne dépend pas de l'armée, a été partie prenante des sévices infligés aux prisonniers.

Le gouvernement des États-Unis essaye de se défausser de ses responsabilités en mettant sur le devant de la scène quelques militaires de rang inférieur, en voulant faire croire que ce scandale serait dû à l'action individuelle et isolée de ces derniers. Tout prouve le contraire. Un des reproches faits par certains enquêteurs de l'armée américaine est que les responsables militaires et civils auraient "commis l'erreur" de traiter la population irakienne de la même façon qu'ont été traités les prisonniers faits par l'armée américaine en Afghanistan. De tels propos font froid dans le dos quand on sait ce que subissent ces internés, y compris ceux qui croupissent dans la base américaine de Guantanamo.

Visiblement il s'est agit en Irak de faire accepter l'occupation des soldats de la coalition par la terreur généralisée. Rafles massives, généralisation de la torture, mauvais traitements pour briser toute idée de résistance, assassinats sans discernement. Bref, une traditionnelle méthode d'intervention des armées impérialistes. Et elles ont à leur disposition pour ce sale boulot les brutes, galonnées ou pas, et autres services de renseignements.

Cette façon de faire n'est pas propre à l'armée américaine ou britannique. L'armée française a utilisé les mêmes méthodes, en recourant même aux massacres de masse. La seule différence avec les USA aujourd'hui, ce fut le silence et la complicité quasi totale de la presse soumise, mais souvent consentante.

En Indochine, colonie française avant la Seconde Guerre mondiale, les tortures, les déportations, les assassinats étaient monnaie courante. Il y eut plus de 10000 prisonniers politiques. Cette répression systématique s'est généralisée pendant la guerre d'Indochine menée par la France de 1946 à 1954. La terreur contre la population fit de 500000 à 900000 morts selon les sources. En 1947, à Madagascar, sous un gouvernement ou siégeaient côte à côte ministres du Parti Socialiste et du PCF, avec Maurice Thorez commevice-Premier ministre, se mit en place une formidable machine répressive pour mettre au pas la population qui avait réclamé l'indépendance. La "pacification", avec déportation, tortures et toutes les exactions imaginables entraîna de 70000 à 100000 morts selon les militaires eux-mêmes. Et la guerre d'Algérie, dont l'essentiel des victimes nord-africaines furent des civils, ne se distingua pas, par l'emploi systématique de la torture, des viols, et de tous les mauvais traitements possibles. Pendant la bataille d'Alger, en 1957, où s'illustrèrent le général Massu et ses parachutistes, un haut fonctionnaire, secrétaire général de la police, Paul Teitgen, nota que sur 24000 assignations à résidence 3024 personnes arrêtées "disparurent". En fait, elles furent assassinées par l'armée. Voilà ce qu'il déclarait: "En visitant les centres d'hébergement, j'ai reconnu sur certains assignés les traces profondes des sévices ou des tortures qu'il y a quatorze ans, je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo". Mais ni les journaux ni les radios ne rendirent publics les témoignages sur les exactions permanentes de l'armée française à cette époque. Voici ce qu'on lisait dans le Figaro, en 1960, en réponse aux protestations qui essayaient de s'exprimer: "C'est commettre acte de trahison que de calomnier systématiquement et de salir l'armée qui se bat pour la France en Algérie". Et le rédacteur ajoutait que l'armée française "accomplit depuis des années une mission civilisatrice, sociale et humaine à laquelle tous les témoins de bonne foi ont rendu publiquement hommage". Cette mission civilisatrice se termina en 1962. Un million d'Algériens trouvèrent la mort dans cette sale guerre, tout comme de nombreux Irakiens qui sont aujourd'hui tués ou torturés pour ne pas applaudir la "mission civilisatrice" de l'armée américaine.

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