Élection des parlementaires européens français : Charcutage électoral13/05/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/05/une1867.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Élection des parlementaires européens français : Charcutage électoral

Dimanche 13 juin, les électeurs, ou du moins une partie d'entre eux -en 1999, un électeur sur deux avait boudé les urnes- iront choisir les députés qui siègeront au Parlement européen. Il en sera de même dans 18 autres États européens. Auparavant, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, pays où l'on vote traditionnellement le jeudi, les électeurs auront voté le 10 juin. L'Irlande et Malte voteront le 11, la Lettonie, le 12. Enfin, la République tchèque, qui vote sur deux jours, le fera les 11 et 12 juin.

La grande majorité des États européens votent dans une circonscription unique recouvrant l'ensemble du territoire national. Le mode de scrutin varie d'un pays l'autre mais c'est le plus souvent un vote à la proportionnelle avec un plancher à 3, 4 ou 5%, pour écarter des listes jugées "peu représentatives". C'était le mode d'élection pratiquée en France jusqu'en 1999: une circonscription nationale, la proportionnelle avec une barre à 5%. En passant la barre des 5%, les listes LO-LCR avaient pu ainsi faire élire cinq de leurs représentants.

Mais le gouvernement Raffarin a modifié le mode d'élection. Le territoire national, ainsi que les départements et territoires d'outre-mer sont désormais divisés en huit circonscriptions.

Celle d'Ile-de-France correspond aux huit départements de la région parisienne, en revanche les autres sont des subdivisions qui vont bien au-delà de la surface des 22 régions traditionnelles.

La région Nord-Ouest, par exemple, regroupe le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie mais également les Haute et Basse-Normandie. Le Sud-Ouest s'étend de l'Aquitaine au Gard, tandis que le Sud-Est regroupe Rhône-Alpes et la Provence-Alpes-Côte d'Azur. Et que dire de celle des Dom-Tom qui réunit dans le même ensemble l'île de la Réunion, les Antilles, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, Saint-Pierre et Miquelon, Mayotte, Wallis & Futuna !

Pour justifier ce nouveau mode de scrutin, les législateurs ont prétendu qu'il s'agissait de rapprocher les élus européens de leurs électeurs. Mais étant donné la taille des circonscriptions, les électeurs connaîtront peut-être les candidats de leur propre département mais qu'en sera-t-il des candidats situés à l'autre extrémité de la région? Les législateurs prétendent aussi qu'un moins grand nombre de candidats à identifier -de six à 28 candidats selon les régions (le nombre de candidats représente le double des sièges à pourvoir)- aidera les électeurs non seulement à mieux les connaître, mais également à participer plus au vote. Si c'était vrai, pourquoi le Royaume Uni, qui comptait déjà 11 circonscriptions en 1999, a connu cette année-là, un chiffre record d'abstentions de 76% ?

En tout état de cause, le vote par circonscription, et un nombre de sièges à pourvoir plus faible qu'en 1999 pour cause d'élargissement (78 sièges contre 87 auparavant pour la France), va avoir pour conséquence de rehausser sournoisement la barre pour avoir un élu. Étant donné le nombre de sièges à pourvoir, de 14 en Ile-de-France à 3 dans les Dom-Tom, la barre pour avoir un élu sera, en moyenne en France métropolitaine de 7 à 10%, et 33,33% dans les Dom-Tom ! Un des rares scrutins à la proportionnelle, déjà bridée, vient donc de voler en éclat. Pour avoir un élu (et un seul!) en Ile-de-France, il faut faire environ 7%. Et 8% dans la région Nord. Et plus encore ailleurs, autant dire que, si on s'en tient au dernier résultat des élections européennes de 1999, l'élection d'un seul député LO-LCR, mais même du PCF devient hypothétique. Dans ces conditions, au lieu de rapprocher les électeurs des élus, un tel mode de scrutin qui va écarter de l'élection des courants politiques représentatifs, et en tout cas amoindrir leur représentation, n'aura pour conséquence, quand les électeurs en auront compris les effets, que de les dégoûter un peu plus d'y participer.

Mais, en réalité, les promoteurs de ce nouveau mode de scrutin se moquent bien de la représentation parlementaire des classes exploitées, ce qu'ils recherchent à travers ce mode de scrutin comme à travers les autres, c'est de renforcer le poids des partis traditionnels qui sont des défenseurs confirmés des intérêts des classes possédantes, en l'occurrence l'UMP et le PS.

Comme le soulignaient des commentateurs proches des institutions européennes, le nouveau mode de scrutin adopté en France devrait permettre à la "délégation française" de pouvoir "mieux défendre les positions françaises face à celles de leurs homologues des autres pays" alors qu'auparavant, sur les 87 députés, il n'y en avait qu'une quarantaine pour représenter la droite ou les socialistes.

En clair, à moins que les électeurs ne profitent de cette occasion pour jouer un bon tour aux partis traditionnels, le Parlement européen sera encore plus en situation de jouer son rôle de béni-oui-oui des orientations des grands États européens, tous au service des intérêts des grands groupes industriels et financiers.

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