Subventions du Conseil régional de Lorraine aux entreprises : Aides aux gros actionnaires, mais pas à l'emploi05/03/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/03/une1857.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Subventions du Conseil régional de Lorraine aux entreprises : Aides aux gros actionnaires, mais pas à l'emploi

Au Conseil régional de Lorraine, tous les groupes politiques approuvent les aides aux entreprises, de l'extrême droite à la droite en passant par la gauche, PS et PC compris. Pendant ses six ans de mandat, notre camarade Christiane Nimsgern, élue Lutte Ouvrière à la Région, a été la plupart du temps la seule à dénoncer ces aides qui vident les finances publiques au profit du patronat.

L'usine Michelin de Golbey (Vosges) a obtenu en octobre 2002 une aide de 54000 euros censée permettre la construction d'un bâtiment... déjà en service! Le Conseil régional expliquait, sans rire, que sans cette aide, Michelin risquait de partir ailleurs. En fait, la construction du bâtiment a permis d'augmenter la productivité... tout en diminuant les effectifs. Au moment où cette aide était accordée, Michelin annonçait une hausse de 279% de son bénéfice. Cela n'a pas empêché l'ensemble des élus, sauf notre camarade, d'approuver comme un seul homme cette subvention: ils ont tenu à apporter leur contribution aux profits de la famille Michelin.

Renault-Sovab:le scandale des aides

Autre géant industriel à bénéficier des fonds publics, le groupe Renault. L'usine Renault-Sovab de Batilly (Meurthe-et-Moselle) a obtenu en mai 2002 une subvention de 600000 euros pour la construction et l'extension de bâtiments, les travaux étant, là aussi, achevés depuis longtemps.

Dans le contrat signé avec la Région, Renault s'engageait noir sur blanc à créer 900 emplois. Or, de septembre 2001 à septembre 2003, la Sovab a, bien au contraire, supprimé 228 emplois en CDI. Et pour 2004, elle annonce la suppression de plusieurs centaines d'emplois intérimaires avec la suppression de l'équipe de nuit.

Interpellé sur l'aide à la Sovab, le président du Conseil régional, Longuet, a répondu: "Nous considérons que notre devoir est d'accompagner la compétitivité du site...". Voilà un aveu. La compétitivité est la petite feuille de vigne qui cache les gros bénéfices que réalise Renault. Pas question en tout cas pour Longuet de demander à Renault de respecter ses engagements.

Mercedes-Smart: la droite aide les riches, grâce au soutiendu FN

Restons dans l'automobile: Daimler-Chrysler a bénéficié des largesses de la région Lorraine par le biais d'une filiale de Mercedes qui fabrique la Smart.

Au moment de la construction de l'usine -largement subventionnée par les fonds publics avec 92 millions d'euros d'aides-, un centre de communication avait également été bâti. La Smart l'utilisant peu, elle a souhaité le revendre à la communauté de communes du secteur. Pour fixer le prix de la vente, les Domaines ont fait une évaluation du bien: 2 millions d'euros. Les pouvoirs publics l'ont acheté... près de 5 millions!

Aux sinistrés des zones minières dont les maisons s'effondrent et qui demandent à être indemnisés, les pouvoirs publics disent qu'il faut se contenter de l'évaluation des Domaines. Ils ne parlent pas comme cela au trust Mercedes qui n'en a jamais assez.

Au Conseil régional, la droite a voté, en novembre 2002 une subvention de 1,1 million d'euros pour ce rachat. Pour une fois, les élus de gauche ont suivi notre camarade dans sa dénonciation de l'aide à Mercedes et ont voté contre. Mais celle-ci a pu passer grâce à l'abstention bienveillante de l'extrême droite, une abstention qui en dit long sur la prétendue opposition de l'extrême droite aux multinationales. Elle ne rêve, elle aussi, que de servir la soupe aux patrons.

La Région finance la formation... des bénéfices

L'un des gros postes de dépenses du Conseil régional est la formation professionnelle qui est souvent un moyen supplémentaire d'aider le patronat. Ainsi, en mars 2002, deux centres Leclerc en Moselle ont reçu à ce titre des petites fortunes: 120265 euros pour l'un et 146135 euros pour l'autre.

Alors qu'Alstom supprime des milliers d'emplois en France, l'usine de Champigneulles de ce groupe a reçu 209183 euros d'aides de la région Lorraine pour la formation de son personnel... après avoir touché 1,3 million de la Région pour déménager son usine de Nancy à Champigneulles.

Daewoo: prends les aides et tire-toi

Au total, 68 millions d'euros d'aides d'argent public ont été englouties dans l'affaire Daewoo. Des millions qui ne sont pas perdus pour tout le monde car l'argent ne s'évapore pas comme l'eau qu'on laisse bouillir dans la casserole.

Le fondateur de Daewoo, ami personnel de Longuet et de Chirac, a fui la Corée lors de la faillite du groupe. Mais il n'est pas à la rue: il vivrait, selon la presse, dans une villa pour milliardaire sur la Côte d'Azur. En toute impunité, malgré les poursuites pour faillite frauduleuse dont il fait l'objet: d'une part, il a des papiers français, obtenus grâce à ses relations; d'autre part, il n'existe pas de convention d'extradition entre la France et la Corée...

Quant aux ouvriers, plus d'un millier ont perdu leur travail. Et sur les 530 ouvriers licenciés de l'usine Daewoo de Mont-Saint-Martin, un an après, 60 seulement ont retrouvé un emploi stable en CDI.

General Trailers: des aides... et le dépôt de bilan

En avril 2003, General Trailers à Lunéville a obtenu 80000 euros pour aider à la construction d'un bâtiment... déjà quasiment achevé. C'est décidément une manie en Lorraine.

Notre camarade était intervenue en séance pour le dénoncer et aussi parce que cette entreprise, loin de créer des emplois, comme l'annonçait mensongèrement le rapport, en supprimait.

Mensonges, avait répondu la droite qui prétendait que l'actionnaire principal de General Trailers avait décidé d'investir 6 millions sur le site et qu'une centaine d'emplois seraient ainsi créés.

Or, quelques mois plus tard, 150 emplois étaient supprimés par le biais des préretraites amiante, puis, en novembre, c'était le dépôt de bilan et l'attente d'un éventuel repreneur avec, dans tous les cas, des suppressions d'emplois par dizaines. Là encore, notre camarade s'est retrouvée seule à dénoncer cette aide et à voter contre.

Voilà les "entreprises", le terme "capitalistes" conviendrait mieux, que Longuet, président du Conseil régional de Lorraine, aide séance après séance... avec la bénédiction de tous les groupes politiques. Et tout cela bien sûr au nom de la création d'emplois.

Selon une étude, les entreprises bénéficient de près de 1200 formes d'aides ou d'exonérations différentes! Rien que les aides directes représentent, à l'échelle du pays, la somme colossale de 15,8 milliards d'euros par an, soit l'équivalent de près de 700000 emplois payés 1200 euros par mois, charges comprises. Les supprimer permettrait de créer bien des emplois utiles.

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