Le logement, malade du capitalisme05/02/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/02/une1853.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le logement, malade du capitalisme

L'appel lancé par l'abbé Pierre le 2 février dernier en faveur des mal-logés faisait écho à celui lancé il y a cinquante ans, dénonçant alors la situation dramatique vécue par les sans-logis et les mal-logés.

La presse, les hommes politiques, Chirac en tête -il a même invité l'abbé Pierre à l'Élysée- font mine de s'étonner et même de s'émouvoir en présentant cette situation comme un fléau venu d'on ne sait où, que l'État tenterait de combattre, alors qu'ils se moquent complètement du problème du logement des plus pauvres. Et même si les conditions de logement en général et celles des couches populaires en particulier ne sont pas identiques à celles qui existaient il y a cinquante ans, les gouvernants n'y ont jamais consacré que la portion la plus réduite possible des richesses du pays, tandis que les rois de l'immobilier recherchaient avant tout la rentabilité de leurs capitaux, profitant de manière spéculative des possibilités fort lucratives du marché de l'immobilier.

Oui, il y a aujourd'hui en France plus de trois millions de mal-logés, vivant dans des logements trop petits, encore sans douche, sans WC et parfois même sans eau. Parmi eux, plus de 700000 vivent en "habitat précaire" (dont 500000 dans des hôtels ou des meublés et 150000 dans des maisons mobiles). 86000 n'ont pas de toit. Une centaine de ces "sans-domicile" meurent chaque année dans la rue en Île-de-France, selon les chiffres officiels d'un rapport du Conseil économique et social. Les bidonvilles des années cinquante ont disparu sous la forme où ils existaient alors, mais ils sont remplacés par de nombreux campements, regroupements de taudis, abris précaires ou baraquements "de fortune". Certaines cités de banlieue, dans lesquelles le chauffage est coupé depuis longtemps, les ascenseurs en panne, les espaces dits "verts" transformés en dépotoirs, ont pu être comparées à des "bidonvilles verticaux".

La situation des années cinquante était plus dramatique encore. Des millions de travailleurs -à commencer par les travailleurs du bâtiment, ceux qui construisaient les maisons- s'entassaient sur des terrains vagues, dans des baraques en bois, en carton, sans eau courante ni tout-à-l'égout, dans la boue, en butte aux maladies liées au manque d'hygiène. Chaque hiver s'y ajoutaient les menaces liées à des chauffages défectueux. Mais ce qui se passe aujourd'hui montre qu'il n'y a pas eu grand progrès.

Le droit de chacun à vivre décemment a été pourtant régulièrement réaffirmé par des lois: en 1982, la loi Quilliot proclamait le droit à l'habitat; en 1989, la loi Mermaz réaffirmait le droit au logement, etc. Tous les gouvernements et tous les ministres, de gauche comme de droite, ont proclamé leur volonté de résoudre le problème des mal-logés, sans aller au-delà des discours.

Alors que le Conseil économique et social calcule que la satisfaction des besoins exigerait la construction d'au moins 120000 logements sociaux par an, celle-ci a été de 56000 logements l'an dernier (et encore, en comptant très large), soit l'un des plus bas niveaux depuis les années cinquante. Elle ne devrait pas dépasser les 40000 en 2004. Dans ces conditions, quel droit au logement ont les plus pauvres, les plus mal payés de notre société qui, faute de revenus et de garanties financières suffisants, ne trouvent pas de logement à louer ou à acheter?

Plus encore qu'une crise du logement, il existe un problème de pauvreté, dû à la faiblesse des salaires, pour ceux qui ont la chance d'en avoir un, et à ce système économique aberrant où les capitaux privés ne s'investissent que dans les secteurs qui peuvent rapporter gros et vite. Quant aux gouvernants, ils se contentent d'aider les promoteurs immobiliers à réaliser leurs profits exorbitants.

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