SNCF - Handicapés : Double handicap dans une société qui ne fait pas de cadeaux19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SNCF - Handicapés : Double handicap dans une société qui ne fait pas de cadeaux

La SNCF est poursuivie par une association d'handicapés pour n'avoir pas assuré dans des conditions normales le transport de trois voyageurs en fauteuils roulants. Mais l'audience n'a pu se tenir dans la salle prévue, celle-ci n'étant pas accessible aux handicapés plaignants. Ailleurs, une avocate porte plainte parce qu'elle «éprouve les plus grandes difficultés à exercer sa profession parce que les tribunaux du Pas-de-Calais dont elle dépend sont inaccessibles».

De tels faits pourraient être cités par milliers. Ils sont révélateurs des énormes difficultés que doivent affronter toutes les personnes qui, handicapées, tentent de continuer à vivre une vie normale, en ne restant pas cloîtrées chez elles.

Elles sont des centaines de milliers à avoir une mobilité réduite et à devoir se déplacer en fauteuil roulant. En 1975, une grande loi a bien été votée visant à l'intégration des handicapés, adultes et jeunes, dans la société. Mais près de trente ans plus tard, les objectifs de cette loi sont loin d'avoir été atteints, et une partie des obligations prévues, en matière d'accessibilité et d'intégration en particulier, ne sont toujours pas respectées.

Un récent rapport du Sénat le reconnaît: il évoque «l'inaccessibilité au quotidien», ou la «mise en oeuvre laborieuse» des principes de la loi de 1975. Selon ce rapport, on a privilégié «des solutions dilatoires fondées sur la création de multiples structures de réflexion et de proposition, sur l'élaboration de «codes de bonne conduite» dépourvue de portée normative ou sur des mesures incitatives dénuées d'efficacité et à la logique incertaine»!

Une fois traduit ce verbiage, on comprend que l'État parle beaucoup en la matière, mais qu'il agit moins.

Le rapport ajoute: «S'agissant des transports, le bilan est également bien sombre». Il évoque le «retard considérable» en matière d'accessibilité. Il est vrai que 25 ans après la loi, seuls 2500 bus de la RATP sur 4400 sont actuellement accessibles, et ils ne sont que 1000 sur près de 4000 à l'être dans le reste de l'Ile-de-France. Quant à la SNCF, il faut prévoir une distance maximale de... 50 km environ entre deux gares accessibles aux handicapés.

Pour ce qui est de la voirie, si une loi de 1991 pose le principe de son accessibilité aux personnes handicapées, toujours selon ce rapport, «force est de déplorer, sa très inégale et très imparfaite application».

La loi de 1975 prévoyait également l'intégration des enfants et des adolescents en milieu scolaire. Elle indiquait que «les installations ouvertes au public, notamment les locaux scolaires, universitaires et de formation, doivent être tels que ces locaux et installations soient accessibles aux personnes handicapées». Sur ce plan également, ce texte est bien loin d'être appliqué.

Que ce soit pour les adultes ou pour les plus jeunes, de telles installations adaptées sont nécessaires. Mais ce n'est pas le seul problème. Celui des effectifs d'accompagnement se pose également.

Les améliorations pour cette intégration des handicapés demanderaient des moyens importants. S'il y a eu du mieux en la matière, on est encore loin du compte. Alors se payer régulièrment de mots et de bonnes intentions sur le sujet coûte moins que de mettre les moyens nécessaires pour changer les choses y compris dans des domaines où il n'y aurait pas besoin de travaux considérables. Ainsi, malgré une loi qui date de 1987, et qui oblige les entreprises de plus de 20 salariés à employer des handicapés à hauteur de 6% de leurs effectifs, ce chiffre est loin d'être atteint dans le secteur public, et c'est beaucoup moins encore dans le secteur privé. Et si on estime le nombre de personnes concernées à 5 millions en France, elles sont 232000 au chômage.

Aider les plus faibles, les plus vulnérables, ou ceux qui doivent affronter des difficultés plus importantes n'est pas vraiment la priorité des gouvernants.

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