Retraites complémentaires : Comment faire passer des reculs pour des «avancées»19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Retraites complémentaires : Comment faire passer des reculs pour des «avancées»

Pour faire passer ses exigences en matière de retraites complémentaires, le Medef a, dans un premier temps, chargé la barque avec des exigences encore plus importantes: il demandait que chaque année les pensions soient amputées en plus de 0,5%, et que les prix d'acquisition des points soient, eux, encore plus chers de 0,5%. Ensuite, en demandant un peu moins, il a pu parler de concessions, ce qui arrangeait bien les syndicats signataires. C'est un vieux procédé.

Ensuite on a mis en avant l'acceptation par le Medef du paiement de la retraite complémentaire pour les salariés partant avant 60 ans, ceux qui ont commencé à travailler très jeunes. 160000 personnes pourraient être concernées en 2004. Mais tout d'abord cette mesure était en elle-même incluse dans la loi Fillon et servait déjà à justifier les remises en cause sur la retraite de base. Ensuite, c'est une goutte d'eau par rapport aux diminutions imposées dans l'accord. Enfin, le chiffre des bénéficiaires sera bien moindre en réalité. Les conditions sont tellement strictes qu'une grande partie des bénéficiaires potentiels ne pourront y avoir droit. Les femmes ayant eu une période de maternité en seront exclues en quasi-totalité, ainsi que tous ceux ayant eu des accidents du travail sérieux, des maladies ou des périodes de chômage...

Ensuite, on a évoqué la nécessité de «combler les déficits». La caisse des salariés non-cadres est largement bénéficiaire, au moins pour les quinze ans à venir. À l'heure actuelle, c'est la caisse des cadres qui est déficitaire. Ils bénéficient de retraites complémentaires deux à trois fois plus élevées que celles des autres salariés. Jusqu'alors, on faisait des transferts «exceptionnels» de la caisse des salariés vers celle des cadres, pour en assurer l'équilibre. Dorénavant, le pillage systématique de la caisse des non-cadres au profit de celles des cadres est institutionnalisé par l'accord.

L'augmentation des cotisations des employeurs a été annoncée comme rien moins qu'une «révolution». Elle aura peut-être lieu, mais en 2006, et sera de... 0,1%, une misère. Quant aux cadres eux-mêmes, l'augmentation de leur cotisation pour cette année-là sera de 0,2%, soit environ dix fois moins que ce qui sera enlevé à tous par le biais du changement de calcul.

D'ailleurs, tout ce qui est dit sur les inquiétudes à propos «des déficits à combler» relève d'une mise en scène mensongère. À titre d'exemple, en 1999 les mêmes, patronat en tête, ont entériné l'abandon d'une dette de 50 milliards de francs due par l'État au titre des cotisations des salariés en préretraite FNE, cotisations qu'il n'avait jamais payées depuis 1983. Il faut dire qu'à l'occasion on a diminué de façon importante les droits de tous les futurs préretraités pour leur retraite complémentaire. Alors...

Enfin, ces remises en cause ne sont pas la fin de l'histoire. Cet accord n'est valable que pour cinq ans, et le Medef a annoncé d'avance qu'il verrait alors s'il fallait «de nouveaux ajustements», ce qui signifierait s'en prendre à nouveau aux faibles retraites complémentaires.

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