Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e) : À la Radio, le ton monte19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e) : À la Radio, le ton monte

A la Radio Gaston-Cordier de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, il est devenu habituel que le cadre demande aux manipulateurs-radio de l'équipe du matin ou de l'après-midi de doubler la journée de travail pour remplacer un collègue de l'équipe de nuit absent, à tel point d'ailleurs que les doublements sont même planifiés. Dernièrement, le cadre de l'après-midi cherchait un manipulateur-radio parmi nous parce qu'il en manquait deux la nuit: un collègue était en arrêt maladie et une autre collègue a quitté le service sans être remplacée.

Cette fois-ci, cela ne s'est pas passé comme d'habitude. L'encadrement espérait peut-être que le dévouement du personnel serait sans limite pour pallier les insuffisances. Mais c'était sans compter le fait que de plus en plus de collègues ne veulent plus accepter cette situation. Entre le 27 et le 29 octobre, nous nous sommes réunis à trois reprises, avec la préoccupation que le maximum de collègues des équipes de jour, de l'après-midi et du soir puissent venir. Et à chaque fois nous nous sommes retrouvés à 10, 15, 20 collègues, selon les équipes, pour faire le point sur nos conditions de travail qui ne cessent de se dégrader et sur les risques qu'encourent les patients restés seuls, sans une présence en salle d'attente, faute de personnel. Ce que nous voulons est clair: l'embauche de huit manipulateurs-radio, de deux agents en permanence l'après-midi, d'un agent pour l'accueil et d'une secrétaire médicale en équipe du matin.

Comme nous l'avions décidé, nous nous sommes rendus à 16 collègues des trois équipes au CHSCT (Comité d'hygiène et de sécurité/Conditions de travail) qui se tenait le mercredi 29 octobre. Il s'agissait de faire savoir à la direction que nous n'acceptions plus de remplacer le personnel manquant et que nous en avions ras le bol des pannes à répétition parce que le matériel est obsolète. Le CHSCT fut dominé par nos interventions, qui ont cloué le bec aux directeurs. Ceux-ci ont bredouillé des choses floues, ont fait mine de nous écouter, déclarant qu'ils feraient le nécessaire pour régler les problèmes. Le chef du personnel, sans conviction et sans succès, a tenté de nous expliquer que l'on pouvait doubler une fois tous les trois mois. Les embauches, n'en parlons pas, cela ne leur vient même pas à l'esprit. Ayant exprimé ce que nous avions sur le coeur, nous leur avons tourné les talons, décidés à ne pas en rester là.

Le lendemain, le cadre supérieur du service a voulu tenir une réunion, pour laquelle il ne convoquait que les manipulateurs de l'après-midi. Ensemble, nous avons décidé de ne pas y aller, car pour nous les problèmes concernent toutes les équipes et surtout toutes les catégories de personnel. De même avons-nous refusé un conseil de service, réunion officielle, institutionnalisée, où les cadres blablatent et d'où il ne sort jamais rien. Nous avons rédigé et faisons circuler une pétition pour faire connaître au maximum de personnels que nous réclamons des embauches. Pour l'instant elle a recueilli 200 signatures.

Le 7 novembre, à la surprise de beaucoup d'entre nous, nous apprenions que trois intérimaires manipulateurs-radio arrivaient dans le service jusqu'à la fin décembre. Alors que l'encadrement et la direction nous affirmaient qu'elles ne pouvaient en trouver, pour le coup, nous en obtenions trois. La direction a été obligée de réagir en se mettant en contact avec six entreprises d'intérim. Mais pour montrer que nous ne sommes toujours pas satisfaits, le 12 novembre, nous sommes allés à une douzaine demander des comptes au directeur du personnel car, pour beaucoup d'entre nous, l'intérim n'est qu'une solution provisoire et ne règle pas durablement le manque de personnel. Le directeur nous a annoncé qu'une personne allait être embauchée début décembre.

La politique d'économies pèse tous les jours sur nos conditions de travail. Les cadres renoncent même à faire le minimum qui pourrait alléger le travail, c'est-à-dire demander du personnel intérimaire. S'appuyant sur le fait que le budget intérim est lui aussi limité, ils vont au plus facile et, sans scrupule, nous demandent de doubler.

Le fait d'en discuter ensemble nous aide à résister aux pressions pour doubler. Dans l'immédiat, nous avons arrêté de le faire et réussi à forcer la direction à se remuer pour trouver des intérimaires et une embauche.

Nos revendications sont loin d'être satisfaites, mais nous avons fait l'expérience qu'il est possible d'amener la direction à répondre à nos demandes. Le sentiment que cela a payé prédomine et ne peut qu'encourager à continuer dans la même voie.

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