Allemagne : IG Farben dissoute, mais le grand capital va bien19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : IG Farben dissoute, mais le grand capital va bien

Le 10 novembre, les administrateurs de la société allemande IG Farben ont annoncé la mise en liquidation de cette entreprise, née en 1925 de la fusion de la plupart des entreprises chimiques allemandes. Elle avait fabriqué le zyklon B, le gaz cyanhydrique qui alimentait les chambres à gaz des camps d'extermination, notamment dans une usine proche du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, où elle exploitait 80000 travailleurs forcés.

Après la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben avait été démantelée et avait donné naissance à plusieurs entreprises: Bayer, Basf, Hoechst (devenu depuis une des composantes d'Aventis) ou Agfa. Depuis 1952, il restait une entreprise portant le nom d'IG Farben, chargée normalement de régler les contentieux restés en suspens, tels que l'indemnisation des travailleurs forcés de ses entreprises. C'est cette entité qui vient d'être liquidée.

Officiellement, le démantèlement était censé laver de tous soupçons de nazisme les entreprises qui en étaient issues. C'était un tour de passe-passe. Hoechst eut même à sa tête, pendant des années, un PDG qui était lui-même un ancien nazi. Et sur le fond IG Farben, mais aussi toutes les grandes entreprises du capitalisme allemand, avait sa part de responsabilité dans l'avènement du nazisme. Non seulement le grand patronat l'avait financièrement soutenu, mais il l'avait fait en toute connaissance de cause, pour défendre ses profits.

La classe possédante avait en effet estimé que les nazis pourraient briser les organisations de la classe ouvrière, écarter ainsi le risque pour eux d'une révolution socialiste et, en remettant en cause le traité de Versailles, relancer l'économie. Le développement de l'armement allemand, avec le développement de l'industrie de guerre qui l'accompagna, puis la guerre elle-même, lui permirent effectivement d'engranger des profits considérables. Comme l'avait expliqué après-guerre Krupp, un des grands patrons de l'impérialisme allemand, à propos d'Hitler: «Quand on a trouvé un bon cheval, on ne regarde pas à quelques défauts».

Si les dignitaires nazis furent condamnés, les grands patrons allemands poursuivirent leurs activités avec la bénédiction des alliés, d'autant plus que le capital américain y avait des intérêts directs. Anatole France avait dit de la guerre de 14-18 que «les guerres sont faites par des gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent très bien». Cela vaut aussi pour la Deuxième Guerre mondiale. La fortune des Bush, par exemple, s'est bâtie dans ces liaisons commerciales et financières qui liaient l'industrie américaine et allemande, avant, pendant et après le nazisme, y compris pendant la guerre. Certaines entreprises allemandes travaillant pour l'effort de guerre nazi étaient des filiales directes de grands groupes capitalistes américains, qui touchèrent des indemnités de l'État américain pour les bombes que celui-ci avait pu lancer sur leurs filiales allemandes!

Si IG Farben n'a pas été dissoute plus tôt, ce n'est pas à cause de son activité de contentieux. Les sommes qu'elle a pu allouer pour dédommager les anciens travailleurs forcés ou leurs familles ont toujours été dérisoires, même au niveau des budgets programmés. Il resterait des contentieux jamais réglés, comme le dénonçaient les représentants de 400000 travailleurs forcés. En effet, si Basf, Bayer ou Hoechst ont contribué à alimenter un fonds d'indemnisation de ces travailleurs, IG Farben n'y a jamais versé un centime.

Comme toute bonne entreprise capitaliste, IG Farben a surtout mené une activité financière. Elle s'est lancée dans de fructueuses activités spéculatives qui lui ont permis, à défaut de dédommager les anciens esclaves du IIIe Reich, de verser pendant des années de copieux dividendes à ses actionnaires. Une activité qui faillit s'arrêter au cours des années quatre-vingt, mais que la chute du mur de Berlin relança, car l'avidité des actionnaires d'IG Farben s'était alors tournée vers les à-côtés lucratifs de l'intégration de l'Allemagne de l'Est.

Finalement IG Farben, à la suite de querelles internes semble-t-il, a préparé sa dissolution. Il lui resterait encore, derniers signes de sa prospérité, 500 appartements d'une valeur presque double de ses dettes.

Une autre affaire concernant une ancienne filiale du groupe IG Farben avait fait scandale quelque temps avant. Le zyklonB était commercialisé par la société Degesch, filiale à 42% d'IGFarben. Cette même société fabrique aujourd'hui le produit anti-graffitis utilisé pour nettoyer les stèles du mémorial allemand qui rend hommage aux Juifs assassinés...

Cela a choqué mais, dans ce monde dominé par l'argent, c'est banal. On en a ici un exemple avec les industriels de l'amiante reconvertis dans le désamiantage. Dans le monde capitaliste, rien ne se perd, du moment que cela crée des profits.

Et il ne suffit pas qu'IG Farben disparaisse pour en finir une fois pour toutes avec la peste brune. C'est le capitalisme qui lui a donné naissance et, tant que ce système persistera, le danger demeurera.

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