Huit banquiers en correctionnelle09/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1836.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Huit banquiers en correctionnelle

Lorsqu'un juge têtu met son nez dans une affaire de blanchiment, évidemment, il déballe du linge sale... mais du beau linge tout de même.

Car c'est le gratin des banquiers français, avec en tête Daniel Bouton, le président de la Société Générale, qui se retrouve renvoyé devant le tribunal correctionnel pour l'affaire dite "du Sentier". Et en sa compagnie, les dirigeants ou anciens dirigeants de sept autres banques.

Cette affaire a impliqué à la fin des années 1990 des centaines de protagonistes dans un trafic entre la France, Israël et la Suisse. Profitant d'une différence dans la législation bancaire entre ces pays, un circuit faisait voyager les chèques, enrichissant des commerçants auteurs de fausses factures, des voleurs de chéquiers, des associations religieuses... et les banquiers qui servaient d'intermédiaires.

Ceux-ci, une fois mis en cause, n'ont pourtant pas manqué d'avocats, professionnels ou non. Le parquet de Paris lui-même, c'est-à-dire l'organisme chargé normalement de lancer les accusations au nom de l'État, avait recommandé le non-lieu, au motif qu'un dirigeant de banque ne peut pas être tenu pour responsable des malversations opérées par son entreprise. Seillière et Fabius, entre autres, avaient eux aussi joint leur voix au concert pour plaider la cause des banquiers. Mais la juge d'instruction, qui possède des documents prouvant que ces dirigeants connaissaient ces opérations illégales, et qu'ils les ont au moins tolérées, a décidé de passer outre.

Pour autant, il reste encore du chemin avant que les accusés passent effectivement devant un tribunal, et plus encore avant qu'ils soient condamnés. Le récent jugement du Crédit Lyonnais a montré que si la justice est, paraît-il, aveugle, elle sait tout de même distinguer un patron d'un simple citoyen, et se montrer plus que clémente lorsque ce sont des capitalistes qui sont mis en cause.

Il faut dire qu'entre une opération illégale et la marche normale des affaires, la frontière est bien ténue. L'argent n'a pas d'odeur et le secret bancaire, qui est un des fondements de l'économie capitaliste, est précisément là pour jeter l'opacité sur la provenance des fonds et sur leurs mouvements. Tous les grands établissements bancaires possèdent des filiales dans les paradis fiscaux, et de très respectables bourgeoisies, comme celles du Luxembourg ou de Suisse, ont même construit toute leur fortune sur la discrétion de leurs banques.

Un juge opiniâtre peut bien de temps à autre soulever un petit coin du voile. Mais ce n'est que la levée totale du secret bancaire et le contrôle actif des comptes des capitalistes par les travailleurs qui pourraient réellement mettre à jour le gigantesque mécanisme à brasser et à blanchir de l'argent sale qu'est le système capitaliste.

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