Financement occulte du RPR : Tout révéler... et n'accuser personne09/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1836.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Financement occulte du RPR : Tout révéler... et n'accuser personne

Jour après jour, les audiences se succèdent au tribunal correctionnel de Nanterre. Les modes et les voies du financement du RPR, feu le parti gaulliste de l'actuel président de la République, Chirac, et ancêtre de l'UMP, sont sur la sellette. Comparaissent devant le tribunal une trentaine d'anciens trésoriers, secrétaires administratifs et autres "intendants" du RPR, illustres inconnus, ainsi qu'Alain Juppé, ancien Premier ministre, président de l'actuel UMP, maire de Bordeaux et surtout ancien secrétaire général du RPR.

Et puis il y a des chefs d'entreprises du BTP qui ont mis la main à la poche pour aider ce parti de droite, grand dispensateur de marchés publics. Souvent ils ont fait un don en liquide ou bien rétribué un employé du RPR, ce qu'on appelle un emploi fictif. Il fallait bien en passer par là pour décrocher les marchés, disent-ils tous! Pour un peu, ils diraient qu'ils ont agi ainsi pour sauver des emplois.

On évoque une secrétaire de Jacques Chirac, alors maire de Paris, ou l'un de ses proches collaborateurs qui auraient été salariés de cette façon. Grâce à cela, entre 1986 et 1994 le RPR serait passé de 30 salariés à 179. Six fois plus en huit ans. Trois emplois créés tous les mois! Mais qui dirigeait tout cela? Qui donnait les ordres, demandent les juges? Cela reste dans le flou. Les mémoires défaillent. Alain Juppé, dispensé d'assister quotidiennement aux audiences, n'est plus inculpé que de "prise illégale d'intérêts". Il n'a à répondre que pour l'emploi de sept collaborateurs du RPR rétribués par la Ville de Paris dont il était responsable des finances. Pour les autres "permanents" du RPR salariés par des entreprises privées, il a obtenu un non-lieu, car pour la justice "il ne faudrait pas ériger en postulat la culpabilité de M.Juppé, fondée sur sa seule qualité de secrétaire général".

Compréhensif, le tribunal a d'ailleurs tenu à souligner les nombreuses fonctions de Juppé, et son emploi du temps chargé. Le mot de la fin et la morale de cette affaire sont sortis de la bouche d'Yves Cabana, ancien chef du cabinet de Juppé qui a déclaré au tribunal que "tout le monde savait que cette situation existait". Des bourgeois, de gros entrepreneurs de travaux publics ont financé les partis qui se succèdent aux affaires et obtenu en échange de juteux marchés. En effet, c'est banal! Circulez, y a rien à voir.

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