Faïencerie de Vitry-le-François (51) : Licencieur à l’oeuvre02/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1835.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Faïencerie de Vitry-le-François (51) : Licencieur à l’oeuvre

Un «coup de massue», c'est ce qu'ont ressenti les travailleurs de la faïencerie de Vitry-le-François à l'annonce du «repreneur» finalement choisi par le tribunal de commerce de Paris.

Deux plans de continuation étaient en concurrence devant le tribunal. Le premier, présenté par l'actuel directeur de l'entreprise et un financier américain, prévoyait 40 licenciements. L'autre plan, présenté par un cadre, en prévoyait 86.

C'est pourtant ce dernier que les juges du tribunal de commerce (qui sont eux-mêmes des patrons) ont choisi; alors qu'il n'était soutenu que par Fénal, l'ancien actionnaire et dirigeant du groupe, contre l'avis du Comité d'entreprise, des créanciers et du procureur de la République, tous favorables au plan de l'ancien directeur de l'usine.

Pour les travailleurs, après l'incrédulité, cela a été l'abattement. Tout d'abord parce que 86 travailleurs sur les 366 que compte encore l'entreprise vont être immédiatement licenciés, avec le minimum d'indemnités, c'est-à-dire quelques milliers d'euros pour une vie de travail.

Quant aux salariés épargnés par ce premier volet de licenciements, ils n'ont pas de quoi être rassurés. Ce plan prévoit en effet la sous-traitance en Égypte d'une partie de plus en plus importante de la production. Les nouvelles unités de l'usine de Vitry-le-François, pourtant automatisées, vont être abandonnées. Seule l'ancienne usine, qui date de plus d'un siècle et où la majeure partie du travail s'effectue encore à la main, sera conservée. Mais combien de temps encore?

Le cadre qui va se retrouver à la tête de l'entreprise n'est pas particulièrement apprécié dans l'entreprise. C'est le moins qu'on puisse dire. Il est par exemple poursuivi en justice pour avoir agressé physiquement la déléguée syndicale de Force Ouvrière alors qu'elle faisait une tournée dans le cadre de ses fonctions.

Tout est scandaleux dans cette affaire, à commencer par le prétendu déficit de l'entreprise, prétexte aux licenciements. Le groupe, dirigé par la famille Fenal, a littéralement pompé les bénéfices et les richesses créées par les travailleurs de la filiale de la faïencerie. Ce groupe, côté en Bourse, n'a d'ailleurs jamais cessé de verser des dividendes aux actionnaires ces dernières années. Les terrains et la marque «Sarreguemines Bâtiment», il les louait au prix fort à l'usine de Vitry. Les frais de sièges et autres charges étaient facturés de façon totalement opaque. C'est par ce système de vases communicants entre la filiale et la maison-mère que le déficit de l'entreprise rapportait du profit et toutes sortes d'avantages aux actionnaires.

D'après les chiffres mêmes fournis par le repreneur, tous ces frais appelés pudiquement «frais de structure», hors production et commercial, plombaient les comptes de 4,38 millions d'euros: deux fois plus que le déficit!

Mais ce ne sont pas les actionnaires qui vont payer, ce sont les salariés, ceux qui vont être licenciés et aussi ceux à qui on demande maintenant de «retrousser les manches».

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