Irak : Chirac se rallie au camp du plus fort29/05/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/05/une1817.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Irak : Chirac se rallie au camp du plus fort

Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont finalement obtenu le 22 mai que le Conseil de Sécurité des Nations unies adopte la résolution 1483 qui entérine l'occupation de l'Irak, et par là-même justifie a posteriori la guerre impérialiste contre l'Irak. Mieux, la résolution a été votée à l'unanimité, y compris par la Syrie dont on avait cru un temps qu'elle s'abstiendrait.

C'en est donc fini des prétentions de Chirac et de son représentant de Villepin de défendre les intérêts de la paix et de la population irakienne contre Washington. Bien sûr, ce n'était qu'une attitude hypocrite par laquelle le gouvernement français cherchait à tirer malgré tout son épingle d'un jeu sur lequel il ne pouvait avoir aucun poids, en cherchant à s'attirer, pour l'avenir, les bonnes grâces des États arabes. D'ailleurs, une fois la guerre déclenchée, Chirac s'était bien gardé de se servir de la plate-forme de l'ONU pour condamner cette guerre d'agression, fût-ce même symboliquement.

Aujourd'hui, après s'être fait un peu prier, mais finalement assez peu, le gouvernement français se rallie donc avec armes et bagages au camp du plus fort, sans même pouvoir se targuer d'avoir obtenu la moindre concession significative de la part de Bush, tout au moins sur le terrain sur lequel il s'était opposé aux États-Unis à propos de la guerre.

Certes, d'après la version de la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité, l'ONU sera représentée en Irak par un "représentant spécial" qui sera admis à "collaborer" avec l'autorité d'occupation dans le domaine humanitaire, dans celui de la reconstruction économique et de la mise en place des futures institutions politiques. Mais autant les termes sont vagues quant au droit de regard réel de ce "représentant spécial", autant ils sont clairs sur le fait que c'est l'autorité d'occupation, c'est-à-dire essentiellement Washington, qui aura le dernier mot sur tout - que ce soit sur le plan politique ou économique. Tout comme, d'ailleurs, il est dit sans la moindre ambiguïté que tous les fonds irakiens détenus à l'étranger, à quelque titre que ce soit, devront passer aux mains du "Fonds de développement pour l'Irak" dont les ressources seront "décaissées selon les instructions données par l'Autorité".

C'est donc un mandat en bonne et due forme sur l'Irak que le Conseil de Sécurité, gouvernement français compris, octroie à l'impérialisme américain; et cela "jusqu'à ce qu'un gouvernement représentatif, reconnu par la communauté internationale, soit mis en place par le peuple irakien et assume les responsabilités de l'Autorité" -autrement dit, jusqu'à ce que Washington ait mis en place un régime qui garantisse durablement les intérêts régionaux de l'impérialisme américain, ce qui peut prendre un temps certain.

On peut penser que cette résolution a été précédée de bien des tractations destinées à obtenir l'unanimité du Conseil de Sécurité. C'est ce que l'on peut déduire de l'une de ses clauses, qui garantit le respect des contrats passés avec le régime de Saddam Hussein dans le domaine pétrolier, mais avec une formulation si vague qu'elle peut permettre bien des interprétations. Peut-être même a-t-elle été conçue pour laisser quelques miettes aux groupes pétroliers tels que le français Total ou le russe Lukoil, qui avaient passé des projets de contrats avec la dictature. L'avenir dira si c'est bien le cas.

En tout cas, ce chèque en blanc que le Conseil de Sécurité vient de donner unanimement à l'occupation impérialiste de l'Irak vient confirmer à quel point il était faux, et dangereux, il y a quelques mois, d'entretenir l'illusion que cette institution pouvait offrir la moindre protection à la population irakienne face aux menaces de guerre de Washington et de Londres. Comme la Société des Nations au temps de Lénine, l'ONU demeure une "caverne des brigands" impérialistes. Et le fait que les rivalités entre brigands se traduisent parfois en désaccords, toujours temporaires, ne change rien à l'affaire.

Partager