Le congrès du PS : Cause toujours !22/05/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/05/une1816.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le congrès du PS : Cause toujours !

Le congrès du PS, tout comme ceux des grands partis, tient plus du spectacle que d'un débat d'idées. Celui de Dijon n'a pas failli à la règle. Les vedettes se sont succédé à la tribune, sans surprise. Les opposants à François Hollande se sont, comme il se doit, opposés, respectueusement, pour ne pas faire désordre, uniquement pour qu'on n'oublie pas qu'ils existent, eux et leurs ambitions, aussi bien ceux qui sont classés à droite, comme Fabius, que ceux qui se disent à sa gauche, comme Mélanchon, Emmanuelli.

Les rares coups de théâtre ont servi à masquer le vide du débat. Ils se sont résumés à la visite du secrétaire de la CGT, Bernard Thibault, et à l'intronisation à la direction du PS du secrétaire de SOS-Racisme, Malek Boutih, censé représenter l'accession de la génération beur des banlieues aux responsabilités à la direction d'un grand parti politique. On a d'ailleurs appris à cette occasion que le nouveau promu avait sa carte du PS depuis 1986, qu'il aurait pu devenir ministre dans le gouvernement Raffarin si ce dernier l'avait sollicité, et qu'il était de la cohorte des accompagnateurs de Chirac lors de son voyage en Algérie. Plus qu'un symbole!

Quant à la visite de Bernard Thibault, au nom de la CGT, elle aurait permis au congrès, a-t-on dit, de se sentir un peu plus en communion avec le mouvement populaire, par délégation, en quelque sorte, et de trouver ainsi un artifice médiatique pour se raccrocher au mouvement qui se développe contre les réformes du gouvernement Chirac-Raffarin-Fillon. Outre le fait que Bernard Thibault n'est pas vraiment le fer de lance de ce mouvement, les dirigeants du PS se sont réveillés bien tard sur cette question, et timidement. On les entend aujourd'hui réclamer le retrait du projet Fillon, pas pour que l'on en revienne aux 37 ans et demi de cotisation pour tous, comme le réclament nombre de grévistes (d'ailleurs ils n'ont rien fait, lorsqu'ils étaient majoritaires, pour revenir sur les mesures Balladur contre la retraite des salariés du privé), mais pour que l'on entame de nouvelles discussions pour réformer les retraites, se gardant bien de préciser ce qu'ils proposent, et qui n'est certainement pas ce que souhaitent les manifestants. Heureusement que le personnel de l'Éducation nationale et les salariés dans leur ensemble ne les ont pas attendus pour dire dans la rue ce qu'ils pensent de ce gouvernement et de ses projets.

Reconnaissons toutefois que les dirigeants du PS ne sont pas toujours à la traîne. Jospin n'avait-il pas, en commun avec Chirac, à Barcelone, il y a tout juste un an, signé un texte dans lequel tous deux se prononçaient pour le recul de l'âge de la retraite jusqu'à 65ans? Et les Strauss-Kahn, les Fabius et autres Rocard ont su préparer, lorsqu'ils étaient au gouvernement, les mesures que la droite réalise.

D'ailleurs les représentants de la droite ne se privent pas, non sans malice, de répondre aux dirigeants socialistes qu'ils ne font aujourd'hui que mettre en oeuvre les dossiers préparés par le gouvernement Jospin. Il n'est pas étonnant que, dans un sondage réalisé pour l'émission de Christine Ockrent France-Europe Express, qui recevait Strauss-Kahn, près de 50% des sondés aient répondu qu'ils ne pensaient pas qu'en matière de retraite la gauche aurait fait différemment de la droite.

En dehors de ces effets de mise en scène, il n'y a pas grand-chose à retenir de ce congrès. D'une part il ne s'y est rien dit d'essentiel, sinon que le PS s'affichait comme "réformiste" -quelle surprise!-, "de gauche", a-t-il ajouté. Le mot, et le PS y a amplement contribué, s'est depuis longtemps démonétisé. D'autre part les déclarations de congrès, en particulier quand les socialistes sont dans l'opposition, n'ont jamais valeur d'engagement. On en a fait l'expérience, maintes fois renouvelée, et qui le serait une nouvelle fois si on refaisait confiance à ces gens-là pour changer le sort de la population laborieuse. Car le catalogue de leurs promesses est aussi long que celui de leurs reniements

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