L'horrible visage de l'impérialisme10/04/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/04/une1810.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

L'horrible visage de l'impérialisme

Plus le temps passe, plus le vrai visage de l'intervention militaire anglo-américaine en Irak devient évident. Chaque jour apporte son lot d'images d'immeubles éventrés, d'hôpitaux démunis de tout où s'entassent femmes, enfants, vieillards blessés ou mutilés, de morgues où sont regroupés les corps des victimes des bombardements censés libérer l'Irak de la dictature sanglante de Saddam Hussein. Quand on voit, d'ailleurs, le nombre des victimes provoquées dans les rangs mêmes des troupes anglo-américaines ou de leurs alliés par des "tirs amis", comme ce fut le cas du convoi bombardé dimanche au Kurdistan, on ne peut que redouter le pire pour la population civile irakienne.

La guerre en Irak avait pour but, d'après Bush, la destruction des "armes de destruction massive" qui auraient été détenues par ce pays. Après trois semaines de guerre, les dirigeants de l'intervention sont toujours incapables de montrer la moindre preuve de l'existence de telles armes. Et en fait de destructions massives, ce sont eux qui en provoquent.

Cette guerre devait aussi d'après Bush et ses alliés apporter la liberté, la démocratie au peuple irakien. Mais en fait de démocratie, Bush vient de charger un de ses généraux de l'administration de l'Irak pour les mois qui viennent. La "démocratie", pour Bush, c'est le gouvernement du peuple... par les généraux américains.

Les soldats de la coalition anglo-américaine qui tombent dans ce conflit, car il y en a aussi, ne meurent ni pour leur patrie, ni pour la "liberté". Ils meurent pour permettre aux grandes sociétés qui dominent le monde de faire encore plus de profits. Car la guerre était à peine commencée que déjà Bush entreprenait de répartir les contrats de "reconstruction de l'Irak", en réservant de préférence ceux-ci à ses amis, aux trusts américains, et en ne laissant que des miettes à son allié anglais. Quant à la source de financement de ces contrats, il n'y a plus de mystère. On dit désormais ouvertement que c'est le pétrole irakien qui y pourvoira, confirmant ainsi que derrière les grands discours sur la "défense de la liberté" il n'y avait que la soif de l'or noir irakien.

La guerre que mènent les dirigeants américains et anglais en Irak est une guerre de brigands. Et nos gouvernants sont complices de ces brigands, même s'ils font mine de désapprouver cette guerre, qui profitera plus aux trusts américains du pétrole qu'à TotalFinaElf. Ils en sont complices parce qu'ils ont fait semblant de prendre pour argent comptant les buts de guerre américains (c'est-à-dire le désarmement de l'Irak censé être un danger pour la paix du monde) et parce qu'ils ont laissé les bombardiers qui allaient écraser Bagdad sous les bombes emprunter sans problème l'espace aérien français. D'ailleurs, aujourd'hui, leur principale préoccupation c'est de savoir comment faire pour que Bouygues et d'autres ne soient pas exclus de la manne que représentera la "reconstruction" des infrastructures que les grandes puissances estimeront nécessaires pour mieux dépouiller l'Irak de ses richesses.

Ce n'est évidemment pas la première fois que les grandes puissances occidentales se livrent à de pareils actes de brigandage. En un siècle et demi le monde a connu d'innombrables expéditions de conquête coloniale, et presque autant de guerres à travers lesquelles les grandes puissances s'efforçaient de maintenir sous leur joug des peuples qui aspiraient à l'indépendance. De l'Afrique à l'Asie et au Proche-Orient (déjà), la France n'a pas été la dernière à réduire des peuples en esclavage sous prétexte de leur apporter les bienfaits de la civilisation. Comme elle n'a pas été la dernière non plus, de l'Indochine à l'Algérie en passant par Madagascar, le Maroc et la Tunisie, à recourir à des répressions sanglantes pour tenter de maintenir ces peuples dans son "empire colonial", comme on disait alors crûment.

Un monde de paix, un monde fraternel, cela ne sera possible que le jour où les travailleurs auront arraché le pouvoir aux grands trusts, pour qui la guerre n'est qu'un moyen de faire des affaires, et à leurs représentants.

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