Un peuple saigné au profit des trusts du pétrole!27/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1808.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Un peuple saigné au profit des trusts du pétrole!

Il est manifeste, après plusieurs jours de guerre en Irak, que les envahisseurs américains ne sont pas accueillis en libérateurs. Les troupes d'invasion ont pourtant commencé par le sud de l'Irak, dont la population a particulièrement souffert de la dictature de Saddam Hussein. Mais si la population hait le dictateur, cela ne signifie pas pour autant qu'elle veut que l'Irak se transforme en semi-colonie anglo-américaine. En outre, la population chiite de cette région a toutes les raisons de garder le souvenir de la guerre du Golfe, il y a douze ans. Saddam Hussein avait, à l'époque, écrasé leur révolte avec la complicité des troupes américaines. Les États-Unis avaient fait alors la démonstration qu'ils préféraient encore Saddam Hussein à l'insurrection armée de la population.

L'état-major américain a si peu d'illusions sur les sentiments de la population qu'il a décidé de contourner la grande ville de Bassora plutôt que de tenter de l'occuper. Il craint manifestement que les combats de rue soient difficiles au point de retarder l'avance de l'armée vers Bagdad.

Au fil des jours, disparaît aussi le mythe, distillé par la propagande américaine, d'une guerre "propre" avec des "bombardements chirurgicaux" des seuls sites stratégiques. Si un avion britannique a pu être abattu, par mégarde, par un missile américain, on imagine bien que les bombes n'épargnent pas les habitations civiles autour des bâtiments officiels! Les premières images d'enfants blessés ou de civils morts ont commencé à révéler la réalité de la guerre, le sang, les souffrances. Mais, au-delà des victimes filmées par la télévision, combien d'autres morts et blessés? Combien d'autres encore à venir? Et combien d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards entassés dans leurs caves, tremblant de peur, à Bagdad, à Mossoul et dans les villes qui subissent la puissance de feu des deux armées les plus équipées de la planète?

Les armées d'invasion comptent, de leur côté, leurs premières victimes, des soldats morts dans cette sale guerre, victimes parfois des ratés de leur propre matériel. Bush vient de les avertir que la guerre risque d'être plus dure. Il méprise en réalité presque autant la vie de ses propres soldats que la vie de ceux d'en face. Les communiqués de l'état-major américain se vantent de la rapidité avec laquelle les troupes avancent vers Bagdad. Mais une fois cette ville de 5 millions d'habitants atteinte, combien de morts pour la prendre?

Et tout cela pour quoi? Pour chasser le dictateur qu'est Saddam Hussein? Mais tous les pays des alentours qui servent de bases arrière aux troupes américaines sont dominés par des rois, des émirs, qui ne valent pas mieux que Saddam Hussein!

Cette guerre n'est certainement pas une guerre pour la démocratie ou pour la liberté du peuple irakien. C'est une guerre de brigandage que ne masque même pas une caution de l'ONU. C'est une guerre impérialiste, pour contrôler le Moyen-Orient et ses puits de pétrole. C'est du profit en plus pour les trusts de l'armement ou du pétrole, que la population d'un pays déjà pauvre devra payer, par du sang et des destructions aujourd'hui, par une misère plus grande pour les années à venir. Pensons-y en faisant le plein dans une station d'essence portant la marque d'un de la douzaine de trusts du pétrole qui se partagent le monde!

Dans les manifestations qui se sont déroulées un peu partout, on a vu des pancartes traitant Bush de fou furieux. Mais la folie sanguinaire n'est pas le fait d'un seul homme, ni même d'une équipe dirigeante, mais celle de tout un système. Un système impérialiste où quelques dizaines de groupes financiers mettent la planète en coupe réglée, avec les gouvernements et les armées pour exécutants. Un système fou qui, au lieu d'utiliser les richesses accumulées par le travail des hommes pour améliorer la vie, les utilise pour détruire.

Alors, il faut continuer à protester contre cette guerre le plus massivement, le plus largement possible. Mais il faudra surtout mettre fin à cette organisation sociale dont les profiteurs n'étanchent pas seulement leur soif de profit avec la sueur des exploités, mais aussi avec le sang des peuples.

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