De 1945 à aujourd'hui : L'ONU, caution de l'impérialisme contre les peuples20/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1807.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

De 1945 à aujourd'hui : L'ONU, caution de l'impérialisme contre les peuples

Au moment où beaucoup invoquent l'ONU comme arbitre suprême qui aurait décidé ou non de la "légalité" d'une intervention contre l'Irak, il n'est pas inutile de rappeler quel a été dans le passé le rôle de cet organisme et comment il a été fondé.

La création de l'ONU

La création de l'ONU, en juin 1945, à l'initiative des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'URSS n'avait rien à voir avec l'intérêt des peuples. Elle était au contraire dirigée contre eux. A la conférence de Yalta, quelques mois auparavant, les chefs de ces trois États, Roosevelt, Churchill et Staline, en avaient jeté les bases. Alors que les armées hitlériennes s'effondraient, que les armées soviétiques marchaient sur Berlin, la préoccupation des puissances victorieuses était d'éviter que la fin de la guerre ne se traduise, comme en 1917-1918, par une vague révolutionnaire.

Elles s'étaient alors réparti les zones, chargeant leurs armées respectives d'étouffer ou d'écraser toute intervention autonome des masses. Ainsi, en Grèce, confiée aux soins de la Grande-Bretagne, la résistance, animée par le PC, fut désarmée et massacrée avec la complicité de Staline. En Pologne, en Roumanie, Staline installait des gouvernements d'Union nationale incluant des monarchistes et les représentants des propriétaires terriens. L'aviation américaine bombardait les villes ouvrières de Berlin, Hambourg et Dresde et larguait les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

L'organisation de l'ONU et la charte adoptée en 1945 reflétaient cette entente sur le dos des peuples. Le Conseil de sécurité de l'ONU admettait cinq "membres permanents": les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'URSS, auxquels on adjoignit la France et la Chine (alors dirigée par le dirigeant anticommuniste Tchang Kaï-Chek), ainsi que six membres (aujourd'hui dix) renouvelables par l'assemblée générale tous les deux ans. Le "droit de veto", réservé aux membres permanents, signifiait qu'aucune mesure ne pouvait être prise sans le consentement de chacune des puissances. La "charte" des Nations unies prenait bien soin de respecter le "domaine réservé" de chaque pays impérialiste en n'autorisant pas l'ONU à "intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État."

C'est bien entendu au nom de ce "domaine réservé" que les puissances coloniales martyrisèrent les peuples coloniaux. Ainsi, la France bombarda Sétif, en Algérie, le jour même de l'armistice du 8 mai 1945, massacra la population révoltée de Madagascar en 1947, tandis que l'Angleterre écrasait le peuple indien, et les Pays-Bas le peuple indonésien.

Durant le demi-siècle qui suivit, ouvertement ou implicitement, l'ONU a couvert les pires forfaits de l'impérialisme.

La guerre de Corée.

Depuis août 1945, par décision américaine, la Corée était coupée en deux zones, l'une au Nord sous contrôle soviétique, l'autre au Sud sous contrôle américain. Quand en juin 1950, afin de réunifier le pays, l'armée nordiste envahit le Sud gouverné par le régime haï du protégé américain Syngman Rhee, celui-ci s'effondra. Le Conseil de sécurité de l'ONU condamna les armées nordistes et l'armée américaine intervint, sous mandat de l'ONU, pour empêcher la réunification, en bombardant au napalm. Au bout de trois ans, le général américain O'Donnel faisait ce commentaire: "L'entière, presque l'entière péninsule coréenne n'est guère qu'un enfer effroyable. Tout est détruit. Plus rien qui mérite un nom ne reste debout".

Il faut noter que l'URSS a tout de même utilisé son "droit de veto" à cette occasion. Qu'à cela ne tienne, l'assemblée générale de l'ONU adopta le 3 novembre 1950 la résolution "Acheson" qui, en cas de blocage par le veto d'un des membres permanents, autorisa le Conseil de sécurité à passer outre, à la majorité des voix. C'est ainsi que ce fameux "droit de veto" fut utilisé, de 1946 à 1995, à 237 reprises sans que cela gêne en quoi que ce soit les massacres des peuples. Il permit juste à la diplomatie de chaque camp de se laver les mains des tueries effectuées par l'autre camp.

La guerre du Vietnam

Un an à peine après la fin de la guerre de Corée, en 1954, les États-Unis prirent la relève de l'armée française défaite au Vietnam et installèrent Diem, un dictateur fantoche au Sud. En 1961, afin d'empêcher la réunification du pays et la victoire des armées du Nord, les armées américaines commencèrent à intervenir. La guerre du Vietnam commençait et devait durer jusqu'en 1975. Jamais un pays et un peuple n'ont subi un tel martyr. Les bombardiers américains ont déversé 13 millions de tonnes de bombes, soit 3 à 4 fois le tonnage lâché pendant toute la Seconde Guerre mondiale, l'équivalent de 450 bombes d'Hiroshima.

Pendant ces quinze ans de guerre, le Conseil de sécurité n'examina jamais la question vietnamienne.

Plus récemment, c'est avec l'aval de l'ONU que fut bombardée l'Irak pendant la guerre du Golfe en 1991 ou plus tard que fut bombardée la Serbie.

L'ONU caution des exactions des impérialismes.

Il est difficile d'énumérer toutes les interventions militaires et les coups d'États fomentés par les puissances impérialistes, souvent avec la bénédiction, ou au moins la complicité de l'ONU.

Au Guatemala, en juin 1954, les États-Unis organisèrent le renversement du président Arbenz, à partir du Honduras voisin, à l'aide d'avions américains. Saisi par le Guatemala, le Conseil de sécurité de l'ONU refusa de mettre à l'ordre du jour sa plainte. "Il s'agit non d'une agression mais d'une révolte de Guatémaltèques contre des Guatémaltèques", répondit le président du Conseil de sécurité.

De la même manière, quand les Nations unies furent saisies sur les questions de la Tunisie, du Maroc, de l'Algérie, la France dénia sa compétence, estimant qu'il s'agissait d'une affaire intérieure. L'URSS ne se gêna pas pour faire de même pour l'écrasement de l'insurrection ouvrière de Budapest par ses soins, en 1956.

On ne compte plus les interventions militaires directes de l'impérialisme américain ou des coups d'États fomentés par la CIA comme en Iran en 1953, Cuba en 1961, Saint-Domingue en 1965, le Chili en 1973, le Nicaragua à partir de 1979, Grenade en 1983. On ne compte pas non plus les interventions des armées françaises dans son pré carré africain, pour soutenir les dictatures chancelantes, comme aujourd'hui en Côte-d'Ivoire ou hier au Rwanda où elle couvrit un génocide en 1994, avec la bénédiction de l'ONU.

Chaque fois, en fait, l'ONU soutenait les exactions impérialistes ou détournait le regard. Mais par ailleurs, on ne compte plus, non plus, les résolutions restées lettre morte, quand elles gênaient les intérêts de l'impérialisme ou de ses alliés. Ainsi les résolutions sur le conflit israélo-palestinien, depuis 1947, n'ont jamais été appliquées par Israël, au détriment du peuple palestinien, condamné à vivre en exil dans les camps ou à subir les assauts de l'armée israélienne. Tout cela avec la complicité de l'impérialisme américain.

Lénine considérait l'ancêtre de l'ONU, la Société des Nations (la SDN) comme "un repaire de brigands". Son demi-siècle d'existence prouve que l'ONU, à son tour, a bien mérité ce titre.

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