Congrès de la CGT : Les 4 résolutions de la "mutation"20/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1807.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Congrès de la CGT : Les 4 résolutions de la "mutation"

Le 47e congrès de la CGT aura lieu du 24 au 28 mars 2003 à Montpellier. La direction de la confédération souhaite à cette occasion faire un pas supplémentaire vers le syndicalisme consensuel et bien intégré.

Le 45e congrès de décembre 1995 avait adopté l'abandon, dans les statuts de la CGT, de l'objectif de supprimer l'exploitation capitaliste. Lors du congrès suivant, en février 1999, Bernard Thibault, à peine élu, parlait de remplacer le "syndicalisme de protestation par un syndicalisme de négociation". Ce qui lui avait valu les félicitations du président du Medef. Pour son 47e congrès, la direction de la CGT veut continuer cette "mutation" et, suite à son rapport d'activité, présente quatre résolutions.

1) Le "nouveau statut du travail salarié":

La première résolution concerne les "conquêtes sociales". Il y est à peine question des retraites. L'axe revendicatif principal tourne autour du "nouveau statut du travail salarié". Ce statut permettrait au salarié de conserver un même contrat de travail tout au long de sa vie, d'accroître sa qualification, son salaire, même si son entreprise ferme! Au mieux, c'est une idéalisation d'un plan de carrière-maison étendu à l'échelle de la société, au demeurant parfaitement utopique dans le cadre du capitalisme. Au pire, c'est la porte ouverte à toute une série de reculs: le "droit individuel" du salarié à l'emploi remplacerait les garanties collectives actuelles: conventions collectives, statut actuel de la fonction publique et autres statuts spécifiques... Ce nouveau statut du travail salarié est clairement opposé à l'interdiction des licenciements, jugé simpliste et irréaliste par les dirigeants de la CGT. Il ne s'agit plus de lutter contre les licenciements mais de supprimer cette notion juridique!

2) Le "renouveau du syndicalisme"

La deuxième résolution traite du "renouveau du syndicalisme" qui passe, entres autres, par la recherche de convergences avec les autres syndicats. Sur quelles bases? La CGT a signé une plate-forme sur les retraites avec 7 autres syndicats, plate-forme qui reconnaît la nécessité d'une réforme des retraites et où n'apparaît pas la défense des 37,5 annuités. En revanche, cette résolution insiste sur l'indépendance politique de la CGT, en clair couper définitivement le cordon ombilical qui rattachaient les dirigeants de la CGT au PCF. Ils se disposent désormais à collaborer autant avec les gouvernements de droite qu'avec ceux de la gauche.

3) Les "syndicats de site "

La troisième résolution se propose de "transformer la CGT". Il s'agit de créer des syndicats de site ou de zones, incluant les syndiqués des sous-traitants présents sur les grands sites industriels, regroupant les syndiqués isolés, syndiquant des cadres, des chômeurs, des salariés des PME. Ce qui en soi serait positif, s'il s'agissait vraiment de combattre le corporatisme maison de bon nombre de syndicats d'entreprise et de resserrer les liens entre travailleurs de plus en plus divisés par des statuts différents. En fait, objectif également légitime, la CGT veut inverser la tendance au tassement de son influence et au recul de son implantation syndicale et élargir en surface l'influence de son appareil. Même si la CGT reste la principale force aux élections prud'homales, elle ne compte officiellement que 685000 syndiqués contre 865000 pour la CFDT. Il lui faut regagner le terrain perdu. Cela se comprend. Reste à savoir au service de quelle politique.

4) Le mode de redistribution des cotisations syndicales

La quatrième résolution propose de changer le mode de redistribution des cotisations syndicales. Aujourd'hui, les cotisations sont perçues par les syndicats et remontées de bas en haut vers les UD, UL et fédérations qui les reversent ensuite à la confédération. La direction de la CGT veut, sur le modèle du fonctionnement de la CFDT, qu'une fois qu'un syndicat aura prélevé 33,3% des cotisations, il reverse le reste à la confédération qui redistribuera ensuite aux unions locales, fédérations, etc. Cette proposition n'est pas du goût des instances intermédiaires qui craignent, avec quelques raisons, d'avoir moins de reversements et moins d'autonomie, d'autant plus qu'avec la formation de syndicat de sites ou de zones, certaines UL risquent de dépérir. Au-delà des modalités techniques, il s'agit de donner plus d'autonomie à l'appareil central par rapport à ses instances intermédiaires et locales.

Des délégués "élus" d'en haut

Les délégués ont été, en majorité, triés sur le volet. En quelques endroits, il y a eu des votes mais les désignations sont bien souvent venues d'en haut et en fonction de quotas: tant de femmes, d'immigrés, de techniciens, de cadres, tant de salariés de PME, du secteur privé et public... Les critères choisis par la direction confédérale révèlent plus l'image que celle-ci veut donner de la CGT que la réalité du syndicat, que ce soit en termes de syndiqués ou de sensibilités.

Reste à exprimer une cinquième résolution, celle de la base combative:

La confédération a certainement tout fait pour que les militants contestataires ne soient pas trop envahissants à ce congrès. Il n'empêche: puisqu'ils y sont invités par les instances dirigeantes, ils peuvent en profiter pour se faire entendre partout où ils le peuvent, dans leurs syndicats respectifs, mais aussi au congrès de Montpellier, sur ce que devraient être les tâches actuelles de la CGT, lesquelles se déclinent principalement autour des trois points suivants, indissolublement liés: retraites, licenciements, salaires. Car la tâche prioritaire de la CGT aujourd'hui, ce serait d'oeuvrer à préparer une contre-offensive d'ensemble des travailleurs, à la construction d'un rapport de force permettant d'imposer un programme de revendications unitaires qui, pour le résumer en trois mots, commencerait par mettre en avant: 300 euros d'augmentation par mois pour tous, un maximum de 37,5 ans de cotisation pour tous et l'interdiction des licenciements.

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