Cognacs Martell : Contre les licenciements, débrayages et grève de la faim13/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1806.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Cognacs Martell : Contre les licenciements, débrayages et grève de la faim

Depuis le lundi 3 mars, les travailleurs des cognacs Martell, à Cognac, font grève toutes les deux heures après la négociation d'un plan social qui se solde par 114 suppressions d'emplois.

Les travailleurs se sont rassemblés à 300 jeudi 6 mars, en fin d'après-midi, aux portes de l'entreprise. Depuis le lundi 3, trois responsables syndicaux de la CGT ont commencé une grève de la faim sur place. Une caravane a été installée, un campement délimité devant la porte principale, en pleine ville. A la place du drapeau de l'entreprise, un drapeau noir à tête de mort a été hissé. De grandes pancartes exigent "zéro licenciement pour les profits" et dénoncent la complicité des élus avec les patrons. Des salariés et des militants syndicaux se relaient autour des grévistes de la faim. Sur le livre qui a été mis à disposition, on peut lire ces commentaires: "Femme d'un futur chômeur, toujours plus d'argent et de profit" ou encore "Tenez bon contre la dictature de l'argent".

La grève de la faim a attiré les journalistes de certaines chaînes de télévision et de la presse nationale. Elle fait dire à un ouvrier: "C'est dramatique d'en arriver là pour faire comprendre que nos emplois sont menacés. C'est un mouvement de désespoir."

Une manifestation a été organisée mardi 11 mars, avec un appel aux entreprises de la ville, presque toutes liées à l'industrie du cognac. Elle a été un succès avec plus d'un millier de participants. Toute la semaine, sont passés des salariés d'entreprises où ont lieu des licenciements-un chauffeur routier des transports Grimaud, dont le siège social est à Niort et qui a été mis en dépôt de bilan avec 1100 licenciements; des ouvriers de l'entreprise Forestier, licenciés aussi. Une manifestation de jeunes du lycée technique, protestant contre un regroupement de classes, s'est arrêtée au campement.

C'est en octobre 2002 que la direction de Martell -"des jeunes loups venus couper des têtes" disent les ouvriers-a annoncé qu'elle restructurerait les sites de ses deux entreprises du "pôle Cognac", Martell à Cognac, et Renaut-Bisquit à Rouillac, tout près. Martell, au second rang de la production de cognac, venait d'être racheté par Pernod-Ricard au groupe canadien Seagram. Ricard fait des profits confortables: ceux-ci s'élèvent à 700 millions d'euros en 2002. Les actionnaires viennent de se voir distribuer une action supplémentaire pour 4 en leur possession. L'entreprise Martell à elle seule est bénéficiaire, comme toutes les autres marques de cognac de cette industrie du luxe - Hennessy (groupe LVMH), Courvoisier...

En novembre 2002, à l'annonce du plan social, une manifestation de près de 500 personnes a parcouru la ville. Les travailleurs avaient coupé la circulation et planté sur les bas-côtés autant de silhouettes noires qu'il y avait de licenciements programmés.

Ce qui écoeure particulièrement les travailleurs, c'est que les profits s'alimentent d'une chute libre de l'emploi dans tout le Cognaçais. En douze ans, l'ensemble des négociants a supprimé plus d'un tiers des emplois. Martell, qui comptait 800 personnes il y a dix ans, n'en compte plus que 393... avant le nouveau plan social qui fait passer à la trappe 114 emplois.

Dans le même temps, les grandes maisons de négoce, qui commercialisent mais ne produisent pas ou peu, et ne stockent que partiellement l'eau-de-vie, ont accru drastiquement leurs exigences vis-à-vis des viticulteurs-producteurs du Cognaçais, entraînant la ruine et la disparition de nombre d'entre eux.

Dans cette ville où presque tout tourne autour de la production du cognac et de sa commercialisation (y compris le tourisme), avec la verrerie Saint-Gobain, les cartonneries pour l'emballage, les tonnelleries, les travailleurs auraient les moyens d'étendre leur riposte afin d'interdire les licenciements aux fous de profits.

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