ACT Angers : Les patrons veulent nous jeter à la rue, faisons les payer !13/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1806.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

ACT Angers : Les patrons veulent nous jeter à la rue, faisons les payer !

À ACT Angers, pour la plupart d'entre nous, notre préavis vient de se terminer... et nous avons touché, pour l'instant, en tout et pour tout, les indemnités légales de licenciement.La direction de Bull refuse toujours d'assumer ses responsabilités en finançant un plan social digne de ce nom. Et pourtant, ce que nous soupçonnions se confirme, après avoir épluché les documents que quelques cadres ont complaisamment laissé traîner dans leurs bureaux.

C'est cette direction qui a cyniquement planifié le processus qui a conduit à la liquidation judiciaire. Après nous avoir filialisés, elle a pompé tout l'argent qui était pompable. D'abord en surfacturant des redevances pour usage de la marque Bull et des frais de gestion. Elle y était allée tellement fort que même l'administration fiscale avait jugé cela abusif au cours d'un contrôle, et avait effectué un redressement. Ensuite en s'octroyant 52 millions de francs de dividendes en 1999, juste avant que l'entreprise ne réalise une perte colossale en fin d'année.

Ayant pris ce qu'il y avait à prendre, elle a revendu l'entreprise, nous y compris, à ACT... en empochant 56 millions de dollars pour cette vente... et en sachant que l'unique actionnaire américain d'ACT se rembourserait rapidement sur notre dos. Sur les 56 millions qu'il payait, 48 devaient être remboursés en deux ans. Si le patron d'ACT s'est assis sur ses promesses de garantie des emplois, il n'a pas oublié de se rembourser, puisqu'en un an et demi il avait déjà récupéré les trois quarts de sa mise.

Tout cela, la direction de Bull le savait pertinemment, comme elle savait que cela se terminerait par une charrette de licenciements auxquels, s'étant défaussée à temps, elle n'aurait pas à participer financièrement.

Et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas-là. Isoler, filialiser des entreprises avant qu'elles ne se retrouvent en liquidation judiciaire, c'est devenu un procédé à la mode chez les patrons. Tout cela pour ne pas avoir à assumer financièrement des plans sociaux. Avant de réduire au chômage des milliers d'entre nous, de ruiner des régions entières, ils mettent à l'abri le maximum d'argent et se débrouillent pour ne rien avoir à payer pour les dégâts sociaux qu'ils occasionnent. C'est le cas de Metaleurop, de Daewoo ou de Grimaud, une entreprise de transport de Bressuire dans le département voisin, qui a vendu à un groupe suisse une partie de ses activités et qui se retrouve en liquidation judiciaire avec 1200 travailleurs sur le carreau.

Partout, ce sont les mêmes méthodes et c'est pourquoi, avec d'autres travailleurs qui ont subi les mêmes coups, nous avons décidé de réagir ensemble. Parce que face à ces méthodes, face à ce gouvernement qui les couvre, nous ne pouvons nous contenter de réagir entreprise par entreprise.

C'est partout dans le pays que de telles agressions contre les travailleurs se produisent. Pour y mettre un terme, il faut que la réaction des salariés soit telle qu'elle devienne un problème politique majeur pour le gouvernement. Nous essayons donc de regrouper nos efforts avec d'autres travailleurs des entreprises dans la même situation que la nôtre. Déjà, plusieurs réunions ont eu lieu avec des représentants de Daewoo, d'Aventis et d'autres entreprises, afin d'envisager une manifestation commune à Paris. Un appel à "l'unité d'action, contre les suppressions d'emplois et la précarité" a été signé. Des contacts ont été pris avec les organisations syndicales au niveau national pour la manifestation parisienne du 21 mars. Est-ce que celles-ci militeront pour utiliser cette date, pour en faire un rassemblement de tous ceux qui sont confrontés aux vagues de licenciements, de Metaleurop, Air Lib, Matra à toutes les autres entreprises qui n'ont pas la même "couverture médiatique"? Nous ne le savons pas. Mais en tout cas, nous avons décidé d'être à cette manifestation parisienne ce jour-là, en espérant être rejoints par beaucoup d'autres.

En attendant, nous ne restons pas inactifs. Plusieurs manifs ont eu lieu ou auront lieu ces jours prochains. À chaque fois qu'un ministre passe dans le coin, nous avons décidé de manifester pour nous rappeler au bon souvenir de ceux qui souhaiteraient que nous disparaissions le plus vite possible.

D'autres sales coups sont en préparation dans les usines du secteur électronique d'Angers, notamment à Thomson Multimedia et à Packard-Bell. Les pouvoirs publics et les patrons voudraient bien que nous cessions d'agir publiquement, pour ne pas avoir à prendre le risque d'une lutte commune aux entreprises les plus importantes de la ville.

La seule perspective que les patrons et les autorités laissent prévoir pour la plupart d'entre nous, c'est le chômage de longue durée sans la moindre compensation financière. Il n'est pas question que nous abandonnions la rue!

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