Dans les bagages de Chirac à Alger : Des artistes... et des chefs d'entreprise06/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1805.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Dans les bagages de Chirac à Alger : Des artistes... et des chefs d'entreprise

Pour son voyage officiel en Algérie, Chirac s'est fait accompagner par une forte délégation d'artistes français originaires de ce pays, algériens ou pieds-noirs, pour indiquer qu'il s'agissait de tourner la page de la guerre. Plus discrètement, mais également très présents, la délégation comprenait des représentants des directions d'importantes sociétés françaises ayant des intérêts en Algérie et souhaitant encore les développer davantage.

La fonction des artistes était de montrer que la page est tournée et qu'il ne faut plus regarder en arrière, mais marcher la main dans la main, Algériens, pieds-noirs, harkis... Mais ce n'est pas si simple. Pour tourner vraiment la page, il faudrait faire le procès de la guerre coloniale, de la torture, des responsables politiques qui l'ont couverte. L'affaire Aussarresses a surtout montré que tout cela restait encore tabou, tout simplement parce que cela mettrait en cause beaucoup trop de monde encore en place. Et puis il faudrait aussi revenir sur les "dommages collatéraux" de cette guerre, comme le lâchage des harkis par les autorités françaises. Tout cela a un coût politique, humain, que le gouvernement français n'est pas prêt à assumer, pas plus qu'il n'est partisan de la libre circulation des hommes entre l'Algérie et la France.

Et les simagrées hypocrites sur la "réconciliation" ne sont là que pour permettre à TotalFinaElf ou à Michelin d'y trouver leur compte. TotalFinaElf bénéficie déjà de marchés privilégiés lui permettant de s'approprier la majeure partie de la production algérienne de pétrole et de gaz naturel. Mais elle cherche à être en bonne position si le gouvernement algérien confirmait ses intentions de privatiser la Sonatrach (la société de l'État algérien qui exploite les hydrocarbures, le gaz et le pétrole).

Les réseaux bancaires français déjà présents sur place, la Société Générale, BNP Paribas, le Crédit Lyonnais, Crédit Agricole Indosuez, CIC, entendent bien accompagner les entreprises françaises qui opèrent sur le territoire algérien et tirer avantage de toutes les ouvertures de l'État algérien au capital étranger.

Et puis il y a tous les contrats actuels et à venir concernant la réhabilitation d'habitats précaires ou la mise en place de réseaux d'adduction d'eau. Ces travaux-là apporteront peut-être un peu de mieux-être à la population algérienne, mais les entreprises françaises qui s'y investiront le leur feront payer au prix fort.

Et même si les relations économiques entre la France et l'Algérie se renforcent, celle-ci se trouvera dans une relation de dépendance comparable, par exemple, à celle du Mexique vis-à-vis des États-Unis, même si c'est à une échelle plus modeste. Les entreprises nord-américaines peuvent aller exploiter à vil prix les travailleurs mexicains sur place, mais en revanche les travailleurs mexicains qui souhaitent aller travailler aux États-Unis continuent à franchir clandestinement la frontière et sont en butte à la répression policière. Car dans le monde capitaliste la libre circulation est réservée aux marchandises et aux capitaux, mais pas aux hommes.

Partager