Chirac à Alger : Les richesses de l'Algérie valent bien une messe06/03/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/03/une1805.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Chirac à Alger : Les richesses de l'Algérie valent bien une messe

Plusieurs centaines de milliers d'Algériens ont ovationné Chirac à Alger, pour la première visite officielle d'un président français depuis l'indépendance de l'Algérie, en 1962. Le président français et son homologue algérien, Bouteflika, ont signé une "déclaration d'Alger" censée ouvrir la voie à une "refondation" des relations entre les deux États ainsi qu'à un "travail de mémoire" sur l'histoire commune des deux pays.

Sans doute, les prédécesseurs de Chirac, Mitterrand et Giscard notamment, n'étaient pas les mieux placés pour cet exercice. Mitterrand avait été le garde des Sceaux dans le gouvernement socialiste de Guy Mollet qui intensifia la guerre en Algérie, après avoir trompé les électeurs de gauche à qui il avait promis d'y faire la paix. Quant à Giscard, ministre dans plusieurs gouvernements gaullistes, il était connu pour ses opinions "Algérie française". Mais la presse a rappelé, ces derniers jours, que le jeune Chirac des années cinquante, même s'il n'exerçait pas à l'époque de responsabilités politiques, n'avait pas des opinions bien différentes. Sous-lieutenant en Algérie en 1956, il était connu de ses supérieurs comme un chaud partisan de l'Algérie française. Des opinions qu'il défendait encore, trois ans plus tard, quand il devait retourner en Algérie comme toute sa promotion d'énarques, pour donner un coup de main à l'administration française.

Pendant les cent trente années où l'Algérie a été une colonie de la France, tous les dirigeants politiques français successifs ont été des partisans acharnés de cette colonisation. Et l'indépendance, acquise les armes à la main par le peuple algérien, n'a pas mis fin à la domination économique exercée par la France impérialiste sur son ex-colonie. L'un des principaux volets des accords d'Évian, où se sont négociés les relations futures entre la France et l'Algérie à la fin de la guerre d'indépendance, concernaient d'ailleurs les relations économiques privilégiées que l'impérialisme français entendait conserver sur une de ses sources d'approvisionnement en hydrocarbures.

Alors, si aujourd'hui Chirac arrive à Alger auréolé de sa position contre la guerre en Irak, s'il lance des formules lyriques sur un avenir commun qui attendrait les deux États, c'est d'abord qu'il entend montrer que la "relation privilégiée" se poursuit. Et il espère bien même qu'elle va se renforcer au profit des financiers et des industriels français au moment où l'État algérien se prépare à ouvrir un peu plus son système bancaire aux capitaux étrangers et où il entend augmenter la part de la manne pétrolière et gazière destinée aux capitalistes étrangers.

Les possédants français, les couches dirigeantes algériennes trouveront peut-être leur compte dans ce qu'on appelle pompeusement une "refondation" ou un "avenir commun". Malheureusement, une mainmise accrue des capitalistes français sur l'économie algérienne ne permettra pas de sortir de la misère la population algérienne qui subit un chômage évalué à 50%. Bien au contraire. Car la misère dans laquelle elle se débat ne découle pas seulement de la corruption des couches dirigeantes. Elle est d'abord le fruit de la domination coloniale exercée par la France avant et après l'indépendance.

Et c'est aussi cette misère qui explique que Chirac a été accueilli par bien des Algériens aux cris de: "Nous voulons des visas!" Ces visas sont nécessaires pour permettre aux Algériens de rendre visite à un parent, à des amis en France, voire pour se soigner, faire des études ou tenter d'y trouver un emploi. Chirac a fait de vagues promesses sur les visas que la France pourrait accorder plus généreusement à des ressortissants algériens. Mais son ministre de l'Intérieur Sarkorzy a montré, au même moment, avec un premier charter rempli d'Africains expulsés, quelle valeur la population algérienne peut accorder aux paroles de Chirac.

L'Algérie et la France ne pourront avoir une histoire commune et égalitaire que lorsque les travailleurs français et algériens se seront, ensemble, débarrassés de la domination de l'impérialisme.

Partager