Sidérurgie : Quand Mer montrait lui-même que patron et " voyou ", c'est la même chose13/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1802.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Sidérurgie : Quand Mer montrait lui-même que patron et " voyou ", c'est la même chose

Francis Mer, aujourd'hui ministre de l'Économie et des Finances, a fait semblant de s'indigner sur les licenciements à Metaleurop. Beaucoup moins sur les licenciements d'Arcelor, qu'il avait planifiés alors qu'il était encore PDG de ce groupe issu d'Usinor, il y a 9 mois.

Lors d'une commission d'enquête parlementaire sur les grands groupes, en juin 1999, Francis Mer, alors encore PDG d'Usinor, ne mâchait pas ses mots pour justifier les licenciements, les délocalisations et l'usage de l'argent public alors qu'il y a du profit.

PDG d'Usinor depuis 1986, Mer est un des plus grands licencieurs de ce pays. Par exemple, les effectifs d'Usinor ont chuté de 1991 à 1997 de 92 168 à 52 394, soit 40 000 emplois supprimés en huit ans ! Mais le chiffre d'affaires, lui, n'a pas chuté. D'après l'entreprise elle-même, la productivité d'un ouvrier a augmenté de 38 % entre 1993 et 1997.

C'est l'argent de l'État qui a financé le coût des licenciements dans la sidérurgie surtout par le biais du FNE (Fonds National pour l'Emploi). D'après Francis Mer, " la crise sidérurgique a coûté de 100 à 120 milliards de francs au budget de la France et donc au contribuable ". Interrogé sur ces aides, il répondit cyniquement : " Comment justifier à nos actionnaires un comportement consistant à refuser ce qui est offert ? "

L'autre méthode utilisée par Usinor a été de revendre les filiales à des entreprises qui se débarrassaient peu après des salariés. Questionné sur ces reventes : " Quelle garantie avez-vous pour les employés des personnels qui étaient autrefois salariés du groupe Usinor, que ce transfert n'entraînera pas des licenciements ? " Francis Mer s'insurgea, déclarant : " Je suis très surpris de constater que vos travaux pourraient déboucher sur l'idée imposant à toute entreprise cessionnaire ce que l'on pourrait appeler un "devoir de suite". (...) Moi je ne garantis pas l'emploi (...) Il est déraisonnable d'imposer à une entreprise qui cède une filiale de suivre ce qui se passe dans la société vendue. "

Quand un député constata : " On a souvent le sentiment que, du jour où les salariés franchissent le porche vers la sortie, la maison mère s'estime déliée de toute obligation ", Francis Mer lui répondit : " C'est clair. Ce n'est pas un sentiment, c'est une certitude. "

La seule responsabilité qu'il se reconnaisse est vis-à-vis des actionnaires. " Pour qu'il y ait des actionnaires, il faut qu'ils soient satisfaits de la manière dont l'argent investi est rémunéré. "

Ainsi le rachat de Cockerill en Belgique n'avait pas d'autre enjeu que d'augmenter les bénéfices des actionnaires : " La valeur à laquelle nous avons acheté Cockerill-Sambre est telle par rapport à sa valeur comptable que nous sommes sûrs, quelle que soit l'évolution de la conjoncture - sauf effondrement massif - (...) que notre bénéfice par action a de bonnes chances d'être augmenté de 15 % par rapport à ce qu'il aurait été sans Cockerill. "

Aujourd'hui, les hauts fourneaux sont menacés de fermeture et les salariés de Cockerill sont menacés de licenciement après ceux de Sollac, d'Ugine et bien d'autres. Francis Mer, lui, a conservé 225 000 stock-options d'Arcelor. L'actionnaire d'Arcelor Francis Mer aura vraiment du mal à refuser ce qui est offert par le ministre Francis Mer... l'homme qui a été mis à la tête de l'économie et des finances du pays.

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