Élèves en difficulté ? Ferry veut les envoyer en entreprise13/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1802.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

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Élèves en difficulté ? Ferry veut les envoyer en entreprise

A la fin 2002, le ministre de l'Education nationale, Luc Ferry, dans une visio-conférence à des milliers de chefs d'établissement et sous couleur d'assurer la promotion de " l'enseignement professionnel ", a remis en cause la prise en charge par l'école des collégiens de 14 ou 15 ans. Il s'agit, a-t-il dit, de permettre à des élèves que " l'enseignement général ennuie " de " découvrir la voie professionnelle " dans une entreprise ou un lycée professionnel.

C'est l'application des orientations définies par ses prédécesseurs, Claude Allègre et Ségolène Royal. Celle-ci préconisait notamment en juin 1999 d'organiser des " stages en milieu professionnel " de une à huit semaines pour " aider " les jeunes en difficulté scolaire.

Cette politique concrétise l'offensive orchestrée contre le " collège unique ". Celui-ci a consisté à scolariser jusqu'à 16 ans tous les élèves, en masse. Mais on se gardait bien de mettre les moyens qui auraient été nécessaires pour instruire, intéresser et former les jeunes, en particulier ceux des milieux populaires, parfois rebutés par l'enseignement général traditionnel, et en rupture avec lui.

Constatant cet échec - mais qui d'autre que lui en porte la responsabilité ? - le ministère veut maintenant envoyer ces jeunes, pour des périodes de plusieurs semaines chaque année dans les entreprises, où ils passeraient donc environ 20 % de leur temps, dans le cadre de " classes en alternance ". Ils resteront sous statut scolaire, mais ils seront de fait mis à la disposition de patrons qui pourraient voir là une main-d'oeuvre gratuite et exempte de charges sociales. Il faut dire que le patronat s'intéresse de très près aux filières de la formation professionnelle en particulier dans le cadre de la régionalisation, et resserre sa mainmise sur l'éducation.

Aubaine possible pour le patronat, le délestage de ces jeunes hors du cadre scolaire a l'avantage pour le ministère de ne rien coûter. Cela implique aussi le fait de réorganiser le temps de travail des enseignants des lycées professionnels, afin d'économiser des postes d'enseignants.

Dans l'académie de Poitiers par exemple, ces projets commencent à être mis en oeuvre : l'administration d'un collège de Charente se propose d'envoyer des élèves de 4e sept semaines en entreprise dans le cadre d'un " projet pré-professionnel ".

Ces tentatives, encore prudentes, se heurtent aux réticences des enseignants et des parents d'élèves à envoyer des jeunes filles et des jeunes garçons de 14 ou 15 ans dans le monde du travail tel qu'il est, autrement dit le monde de l'exploitation.

La mise en oeuvre de ce qu'on nous présente comme une réforme dans l'intérêt des jeunes est une régression. Si elle devait aller à son terme, elle nous reporterait plusieurs décennies en arrière, quand les enfants d'ouvriers, à 14 ans, se retrouvaient au travail et à la disposition des patrons, après leur " certificat d'études ".

L'orientation actuelle doit être combattue. L'institution scolaire n'a pas le souci ni les moyens d'intéresser et d'assurer la formation de tous les jeunes, y compris ceux qui ont le moins de facilités, parce que cela suppose, dans le cadre du système éducatif, du matériel technique, des possibilités d'ouverture au monde extérieur, l'accès à de multiples activités pratiques et culturelles, des enseignants et des formateurs, en bref des moyens que l'État refuse à l'éducation et à la jeunesse. Tant il est préoccupé de privilégier l'armée, la police et les entreprises capitalistes.

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