Bosch-Elm-Leblanc - Drancy (Seine-Saint-Denis) : Chantage à l'emploi pour baisser les salaires13/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1802.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Bosch-Elm-Leblanc - Drancy (Seine-Saint-Denis) : Chantage à l'emploi pour baisser les salaires

C'est en faisant du chantage à l'emploi que la direction de l'usine Elm-Leblanc (groupe Bosch) vient de décider, sous la forme d'un avenant à l'accord des 35 heures, une modification des horaires de travail : en échange de 13 jours de RTT, elle rétablit pour les ouvriers de production en normale le travail du vendredi après-midi, et surtout elle ampute de quelque 60 à 100 euros par mois la paye des ouvriers en équipe (dont l'horaire moyen annuel de travail passe de 37,5 heures à 35 heures).

Pour obtenir la caution des syndicalistes CFDT et FO qui avaient déjà signé, en décembre 1999, l'accord des 35 heures (refusé par la CGT, d'autant qu'il prévoyait un blocage des salaires pour deux ans), la direction prétendait qu'il y aurait un sureffectif de 30 et 40 sur près de 250 ouvriers à la production. Elle promettait, en échange d'une signature syndicale avant le 31 janvier, de ne pas faire de chômage partiel ni de suppression d'emplois au cours de l'année 2003.

Mais, sur ces fameux 13 jours de RTT, cinq seulement pourront être choisis par le salarié (à sa demande, mais à condition que le chef de service donne son accord). Les huit autres seront fixés par la direction en fonction de ses besoins de production. En d'autres termes, ils lui serviront de jours de chômage partiel, non rémunérés, puisque récupérés d'avance en normale par l'allongement de la semaine, et chèrement payés pour les travailleurs en équipe. Sur l'année, leur baisse de salaire coûtera bien plus cher que les 12 jours de chômage partiel imposés en 2002.

Ce chantage n'a pas convaincu beaucoup d'ouvriers. Au contraire. Ce n'est malheureusement pas que les travailleurs se sentent en position de force aujourd'hui. Mais personne ne croit aux prétendues garanties données par la direction. Celle-ci a déjà licencié la moitié des ouvriers de production en décembre 1999, en transférant une partie de la production en Turquie (en 1993, avant le rachat d'Elm-Leblanc par Bosch, il y avait déjà eu une centaine de licenciements). Qu'en sera-t-il en 2004 ? pensent beaucoup. Le mécontentement était grand, la participation aux assemblées organisées par la CGT nombreuse. Et alors que les responsables CFDT et FO se faisaient les relais de la direction et prônaient l'acceptation du sacrifice au nom du moindre mal, dans les équipes, une pétition pour refuser le deal de la direction a recueilli la signature de la quasi-totalité des ouvriers (104 sur les 120 présents).

Mais l'avis des ouvriers n'a pas empêché les deux syndicats CFDT et FO de courir parapher l'accord. La CFDT étant quasiment absente de l'usine, implantée essentiellement parmi les dépanneurs du service après vente, ses responsables expliquaient qu'il fallait bien que les ouvriers fassent des sacrifices, sinon ce serait l'avenir de l'entreprise qui serait en jeu, soit près de 750 emplois (dont ceux des 350 dépanneurs). Quant aux responsables de FO, c'est après plusieurs tergiversations qu'ils sont allés, le 29 janvier, signer dans les bureaux de la direction, quelques heures seulement après une dernière assemblée des ouvriers de l'équipe où ils s'étaient sentis obligés de dire qu'ils ne le feraient pas.

Ces deux paraphes suffisaient à la direction pour décréter sa mesure immédiatement applicable. Dès le lundi matin 2 février, les chefs étaient chargés de faire signer à tous les ouvriers des équipes leurs nouveaux contrats de travail, obligatoires dans ce cas de modification substantielle du contrat de travail. Ce qui ne va pas sans mal pour eux puisque, une semaine après, plusieurs ouvriers refusaient toujours de signer ce nouveau contrat.

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