Marche à la guerre : Bush fait accélérer le pas, la diplomatie suivra...06/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1801.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Marche à la guerre : Bush fait accélérer le pas, la diplomatie suivra...

La perspective d'une attaque militaire contre l'Irak devient une " question de semaines ", et " les États-Unis résisteront à toute tentative pour retarder ce processus pendant des mois ". Par la voix de Bush, les États-Unis ont décidé de bousculer le jeu diplomatique et de mettre rapidement un terme à la comédie des inspections en désarmement de l'ONU. Certes, le rapport présenté par les inspecteurs au Conseil de Sécurité le 27 janvier n'a pas pu faire état d'armes de destruction massive, ni d'un quelconque programme nucléaire, mais peu importe. Des tubes d'aluminium ont été découverts qui, selon Bush, auraient pu équiper une centrifugeuse servant à enrichir de l'uranium. Circonstance aggravante : selon l'inspecteur onusien Hans Blick, l'Irak se serait " refusé à coopérer activement, sans condition, ni délai " à l'enquête, il est donc accusé de " dissimulation ". L'absence de preuves devient donc la preuve même de la culpabilité de l'Irak !

Le calendrier annoncé le 28 janvier par Bush est expéditif. Le 5 février, les USA présenteront de nouvelles " preuves " de la culpabilité irakienne, fondées sur des " écoutes électroniques " ; le 8, les inspecteurs mettront un terme à leur visite et présenteront le 14 au Conseil de Sécurité un nouveau rapport purement formel. Et ensuite... place aux opérations militaires ! Car si les USA n'excluent pas de faire voter par l'ONU une nouvelle résolution pour légitimer cette guerre, ils soulignent que cette dernière n'est " pas obligatoire ", et qu'ils peuvent s'en passer, comme en 1999 au Kosovo.

La capacité du Pentagone à lancer l'attaque avant la fin du mois ne fait pas de doute. Dans la Méditerranée et dans le Golfe, les forces aéronavales et les troupes sont largement déployées : entre 100 et 150 000 soldats américains, 26 000 soldats britanniques, 2000 soldats australiens. Un plan d'attaque a été envisagé qui prévoit entre autres de larguer 3000 bombes et missiles sur l'Irak pendant les 48 premières heures de la campagne et de prendre le contrôle des puits de pétrole.

Ni front du refus européen...

Les déclarations de Bush annonçant l'imminence de la guerre n'ont pas manqué de susciter une effervescence diplomatique. Devant la mise en demeure américaine, les positions politiques se clarifient, confirmant qu'il n'existe aucune opposition étatique conséquente à la guerre. La Russie, soi-disant alliée traditionnelle de l'Irak s'est empressée d'annoncer qu'elle n'userait pas de son droit de veto. En appelant à un " front uni " de l'Europe et l'Amérique, la " déclaration des 8 " conduite par la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie ruine la fiction selon laquelle l'Europe des 25 pourrait constituer une force politique unie et capable d'affronter les USA.

La prétention de la France et de l'Allemagne à constituer un axe d'opposition à la guerre n'aura été que de la poudre aux yeux. En s'associant à la résolution 1441 votée à l'unanimité à l'ONU le 8 novembre dernier, elles ont cautionné depuis longtemps le mensonge d'une menace militaire irakienne. Depuis, elles se sont distinguées par quelques rodomontades verbales, telles que la menace d'utiliser le droit de veto. Mais cette prétendue résistance franco-allemande n'est qu'une planche pourrie. Face à la détermination américaine, de Villepin a déjà changé de ton. Il s'est " réjoui " de ce que les USA promettent de nouvelles preuves, précisant que " nous ne sommes pas dans le camp des pacifistes à tout crin, mais nous ne sommes prêts à une guerre que si elle est indispensable. "

...Ni insoumission française

Cette guerre, présentée comme un " ultime recours ", la France s'y prépare déjà discrètement. La ministre française de la Défense a assuré " qu'il suffirait de deux à quelques semaines pour que les armées françaises soient à pied d'oeuvre ". Sous prétexte d'" entraînement aéronaval ", le porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle doit quitter Toulon le 4 février, entièrement appareillé et escorté de plusieurs autres bâtiments militaires, en direction du bassin oriental de la Méditerranée. Le 19 janvier, deux navires de guerre français étaient déjà partis en compagnie de navires américains et britanniques. Sans compter que les bases de Djibouti sont mises à disposition des troupes américaines.

C'est bien entendu pour ses intérêts et pas pour ceux du peuple irakien que la bourgeoisie française a jusque-là rechigné à se joindre à cette guerre. Avec le programme " pétrole contre nourriture ", qui aménageait un peu l'embargo, la France avait reconquis des positions commerciales de premier plan en Irak, sans compter les promesses de contrats d'exploitation de champs pétrolifères pour TotalFinaElf. Mais c'est aussi pour les intérêts de sa bourgeoisie que la France se prépare à participer à la guerre. L'objectif maintenant, est de ne pas se retrouver à l'écart dans la curée de la reconstruction qui suivrait une intervention militaire. Une préoccupation partagée également par l'Allemagne, même si cette dernière est encore davantage embarrassée que la France par l'intransigeance qu'elle a affichée, en particulier en période électorale, en grande partie sous pression d'une opinion populaire très fortement anti-guerre.

Partout dans le monde, la mobilisation contre la guerre doit s'amplifier. Et ici en France, où l'hypocrisie des dirigeants peut encore masquer aux yeux de l'opinion leurs objectifs réels, il est important que nous soyons nombreux à manifester pour dénoncer notre propre impérialisme et exprimer notre solidarité au peuple irakien.

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