Israël : Sharon se succède à lui-même06/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1801.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël : Sharon se succède à lui-même

La victoire de la droite israélienne aux élections du 28 janvier a été sans surprise, tout comme la défaite des travaillistes. Sharon va donc se succéder à lui-même à la tête du gouvernement. " On peut se réjouir de la victoire, mais il n'y a pas lieu de faire la fête " a-t-il dit, laissant entendre qu'il n'est pas envisageable que la crise économique qui frappe le pays puisse se résorber rapidement, ni les sacrifices de vies humaines que sa politique engendre. Il parlait évidemment des Israéliens victimes des contre-coups à cette folle politique de colonisation et d'oppression que la population palestinienne subit depuis plus d'un demi-siècle.

Mais d'autres soucis, plus prosaïques, tenaillent Sharon. Entre autres choses, comment constituer son gouvernement, avec quelle majorité et quelles alliances, puisque avec ses 38 sièges sur 120 son parti, le Likoud, est loin d'avoir la majorité absolue au Parlement. Même une alliance avec les partis religieux ne serait pas suffisante pour dépasser les 60 sièges nécessaires. En complément, Sharon pourrait faire appel aux sept députés se réclamant ouvertement de l'extrême droite. Mais, du moins tant que cela ne lui est pas nécessaire, il n'y tient pas. D'ailleurs, s'il avait voulu associer ce parti à son gouvernement, il aurait pu le faire en novembre dernier sans avoir recours à de nouvelles élections.

Ce que voudrait en fait Sharon, c'est pouvoir réitérer l'alliance qu'il avait réussi à conclure avec les travaillistes au début de son premier mandat. C'est avec une citation empruntée à Rabin : " Nous sommes tous frères, tous Juifs, et partageons le même destin ", qu'il s'est adressé aux travaillistes, pour leur demander de le rejoindre, tout comme avait fait Rabin en son temps, avec les mêmes mots, lorsqu'il avait appelé la droite à s'unir à lui.

L'appel de Sharon a rencontré une sympathie certaine auprès d'un Pérès et d'autres, bien qu'aujourd'hui la majorité du Parti Travailliste, derrière son nouveau leader Mitzna, refuse de rejoindre un gouvernement dirigé par Sharon. Cela étant, Sharon ayant encore un mois pour trouver une majorité gouvernementale, bien des retournements peuvent encore se faire... au nom d'une nécessaire unité nationale par exemple.

Même sans les travaillistes, d'autres combinaisons sont possibles, avec le parti Shinouï entre autres, qui a, paraît-il, été la révélation de ces élections. Ce parti qui regroupe quasi exclusivement des Juifs de la communauté ashkénaze - c'est-à-dire anciennement venue des pays d'Europe occidentale et de l'Est - se veut avant tout anti-clérical. Il entend mettre un terme aux pressions religieuses en faisant notamment annuler une loi qui permet aux étudiants des instituts talmudiques de ne pas servir dans les rangs de l'armée, ainsi qu'instaurer des mariages civils et autoriser les transports publics à fonctionner le jour du sabbat. Face à l'obscurantisme religieux de telles positions peuvent apparaître progressistes, mais les autres positions du Shinouï ne se distinguent pas ou bien peu de celles de la droite, en particulier à l'égard des Palestiniens, vis-à-vis desquels il est totalement autiste.

Si pour l'heure rien n'a changé en Israël, rien n'a changé non plus pour les Palestiniens. Le jour où l'on votait en Israël, neuf Palestiniens étaient tués dans les Territoires occupés. Et depuis, les exactions n'ont pas cessé, en particulier dans la ville d'Hébron où pour le moins 22 maisons de Palestiniens ont été rasées. L'action s'est inscrite dans un plan publiquement vanté par Sharon, d'extension de la colonie juive d'Hébron, par la création d'une zone continue de peuplement entre une colonie se situant à la lisère de la ville et le centre d'Hébron lui-même occupé par 500 colons appuyés par l'armée.

De toute façon, ces élections ne pouvaient en aucune façon changer le sort des Palestiniens qui, depuis des décennies, ont vu se succéder des gouvernements israéliens, de gauche et de droite, qui n'ont eu comme seule politique de les priver de leurs terres et de leur liberté. Mais qui n'ont pu les priver de leur capacité à résister, c'est-à-dire de leur dignité.

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