Non à la guerre contre l'Irak !02/01/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/01/une1796.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Non à la guerre contre l'Irak !

L'année qui vient de s'écouler a été marquée par la menace permanente, et malheureusement toujours présente, chaque jour plus inquiétante, d'une intervention contre l'Irak.

Depuis un an, après avoir bombardé l'Afghanistan c'est-à-dire plus précisément sa population, ajoutant destructions et désolation dans un pays qui n'avait vraiment pas besoin de cela pour connaître la misère, l'administration américaine s'est fabriqué une autre cible. Méthodiquement, sans s'embarrasser de la vraisemblance et de la crédibilité de ses affirmations. Et si elle façonne de la sorte la réalité c'est pour mieux façonner l'opinion américaine tout d'abord, mais aussi l'opinion internationale avant de décider une nouvelle agression contre l'Irak.

Nul ne peut savoir quand Bush et son équipe choisiront de déclencher cette intervention, et encore moins en mesurer les conséquences. Mais chaque jour les préparatifs se font plus précis. Des troupes US, toujours plus nombreuses, se déploient dans la région. Ces jours derniers on annonçait que 60 000 hommes avaient débarqué dans les pays frontaliers de l'Irak, s'ajoutant aux troupes qui y stationnaient déjà, 60 000 hommes, 400 avions ; tout un arsenal militaire cerne donc l'Irak. Un tel déploiement guerrier est sans commune mesure avec celui dont Saddam Hussein pourrait disposer.

Saddam Hussein est un dictateur et en a fait la triste démonstration contre son peuple, contre les populations qui vivent sur le sol irakien. Bien avant que politiciens et journalistes le présentent comme tel. En d'autres temps, parmi ceux-là, certains nous présentaient ce dictateur comme un ami, ou du moins comme un bon client, fréquentable et intéressant.

Mais ce n'est pas le fait qu'il opprime son propre peuple qui préoccupe Bush et son entourage. Car des dictatures, les États-Unis en ont soutenu d'autres et plus d'une fois, quand ils n'ont pas contribué tout bonnement à les mettre en place. Quant aux politiciens et aux journalistes qui nous présentent la future intervention contre l'Irak comme un épisode douloureux mais nécessaire s'inscrivant dans une croisade contre le mal, ils ne peuvent ignorer qu'il ne s'agit pas de cela. Simplement ils mentent, ils nous mentent... comme à chaque fois dans pareille circonstance. Comme mentent Bush et son secrétaire d'État, Colin Powell, lorsqu'ils affirment qu'ils veulent tout faire pour éviter la guerre, alors qu'ils font tout pour en créer les conditions.

Mais dans ce déferlement de bluff, un tout petit grain de vérité, involontaire il est vrai, est apparu, lorsque Colin Powell a déclaré : " Si les forces d'une coalition devaient atteindre la zone des champs pétrolifères, nous ferons ce qu'il faudra pour les protéger, nous assurer qu'ils seront utilisés au bénéfice des irakiens et non pas détruits ou endommagés par un régime affaibli... " C'est clair. Et lorsque le même Colin Powell ajoute que " les champs pétrolifères sont la propriété du peuple irakien " faut-il comprendre que le dirigeant américain aurait tendance à confondre le peuple irakien avec Esso et autres groupes pétroliers de son pays ? On a du mal à distinguer dans ces propos ce qui relève du cynisme ou de l'inconscience, mais ils sont néanmoins significatifs, et plus proches de la réalité que les rodomontades sur la croisade contre le mal. L'impérialisme américain et ses alliés, cette coalition qu'évoque Colin Powell et dont la France, l'Allemagne feront à coup sûr partie, en dépit des fausses réticences exprimées par Chirac, Raffarin ou Schröder, s'apprêtent à bombarder les populations d'Irak, à y semer la mort, les destructions. Mais ils ont prévu de protéger " les installations pétrolières ". On ne peut faire mieux pour définir leur civilisation, cette civilisation dont ils se présentent comme les preux chevaliers, celle des trusts pétroliers, celle des industriels et des banquiers.

On ne peut mieux démontrer que cette guerre n'est pas notre guerre. Car non seulement elle ne contribuera pas à libérer la population d'Irak du joug qu'elle subit, mais elle vise à lui imposer un autre joug, tout aussi lourd à supporter. De plus, les conséquences d'une telle guerre pèseront aussi sur les autres peuples. Y compris sur le peuple américain, y compris sur la population, ici, en France. A la fois par des restrictions dans les libertés que les gouvernements risquent de nous imposer, en invoquant la priorité à la guerre, mais aussi en nous la faisant payer.

Car toutes les guerres sont payées par les peuples, et profitent aux industriels.

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