Gratuit, l'hôpital ?02/01/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/01/une1796.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Gratuit, l'hôpital ?

L'hospitalisation en France n'est pas gratuite, y compris dans les établissements publics, contrairement aux récentes déclarations du ministre Mattéi : pour " sortir du tout-gratuit " comme il le préconise, encore faudrait-il d'abord y entrer...

Pour être hospitalisé, depuis la mise en place de la Sécurité sociale, il faut en effet payer soi-même les frais, ou avoir une prise en charge par l'assurance maladie, ce que tout le monde n'a pas : par exemple, les personnes vivant en France mais qui ne sont pas en règle avec la législation sur le séjour des étrangers n'ont pas accès à la couverture maladie prétendument " universelle ". Et encore moins ceux qui ne vivent pas en France. Dans ces cas-là, on peut demander l'aide médicale d'État... sans être sûr de l'avoir, puisque pour cela il faut remplir des conditions de revenu.

D'autre part, l'assurance maladie ne prend pas en charge à 100 % toutes les hospitalisations, loin de là : dans un bon nombre de cas, il reste 20 % à la charge du patient, qui lui seront facturés s'il n'a pas de mutuelle. Là aussi la couverture maladie " universelle " complémentaire ne marche pas pour tout le monde : il faut être en règle, et gagner moins de 6 605 euros par an pour une personne seule. On retrouve le même problème pour une personne prise en charge à 100 % par l'assurance maladie, puisqu'elle devra payer le forfait hospitalier dans un certain nombre de cas.

L'hospitalisation n'est donc pas gratuite. Mais en plus, il y a plusieurs vitesses...

Petite vitesse...

Depuis 1998, les hôpitaux ont crée des permanences d'accès aux soins de santé (PASS), souvent installées aux Urgences. Le patient qui n'a pas de couverture sociale peut y recevoir des soins mais pas être hospitalisé ; par contre, dans cette permanence, il pourra rencontrer une assistante sociale qui essaiera de lui trouver une prise en charge, si cela est possible...

Vitesse ordinaire

Pour une personne prise en charge par l'assurance maladie, disposant d'une bonne mutuelle (qu'il se paye), la prise en charge peut, dans la plupart des cas, être complète.

Grande vitesse

Mais pour la personne qui peut payer plus, cela peut aller encore plus vite : c'est l'activité libérale des praticiens hospitaliers à temps plein dans l'hôpital. La loi permet en effet à ces praticiens de recevoir des patients en libéral, c'est-à-dire que le patient paye la consultation, l'intervention ou l'examen (scanner, etc.) non pas à l'hôpital, mais au praticien lui-même. Au téléphone, si l'on prend rendez-vous avec le " professeur ", cela donne à peu près cela : " Public ou privé ? En public, trois semaines ou plus, en privé la semaine prochaine... "

Ces praticiens pouvaient se faire payer directement par le patient, mais devaient déclarer ces sommes à l'hôpital : celui-ci calculait la redevance que le praticien devait reverser à l'établissement pour l'utilisation du personnel et des locaux. Autant dire qu'une partie des revenus réellement versés par les patients n'étaient pas déclarés à l'administration.

Le scandale était tellement connu et patent qu'en 1999, le gouvernement demanda que le patient paye directement les frais à l'hôpital, celui-ci prélevant la redevance qui lui était due et reversant ensuite au praticien sa part... Un système qui évidemment n'a pas plu aux 4500 praticiens hospitaliers pratiquant l'activité libérale dans les hôpitaux !

Mais le ministre vient à leur secours : le Parlement vient de voter la suppression de cette mesure " vexatoire " comme l'a dit Mattéi. Les praticiens pourront donc de nouveau toucher directement l'argent des consultations et pratiquer des tarifs bien souvent prohibitifs, dans le secret de leur bureau... tout en étant, en plus, payés par l'hôpital.

Très grande vitesse

Mais il y a mieux ! Par exemple, être ministre : en tant que ministre (même chose pour les parlementaires) vous disposez d'une prise en charge particulière : 100 % par l'assurance maladie ; ce n'est même pas nécessaire d'avoir une mutuelle.

Et autant vous dire que toute la hiérarchie de l'hôpital sera aux petits soins pour vous : pas de problème de personnel, pas d'attente, bref le tapis rouge.

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