Clonage : Au-delà de l'obscurantisme et du bluff, des perspectives prometteuses02/01/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/01/une1796.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Clonage : Au-delà de l'obscurantisme et du bluff, des perspectives prometteuses

Le " clonage " humain, annoncé à défaut d'être démontré par la secte raélienne, a fait couler beaucoup d'encre. Entre les Fêtes, il est vrai, l'actualité offre moins de matière que d'habitude aux médias et, comme il leur faut pourtant remplir leurs colonnes, ils font mousser ce qui, de l'avis de bien des scientifiques, pourrait relever de la supercherie pure et simple.

" Fabriquer " un clone humain n'est peut-être pas impossible. Dans le cas d'une brebis (Dolly) l'expérience a déjà été tentée, et réussie en 1997, puis chez d'autres mammifères depuis. Encore que, au-delà de l'image largement diffusée, et sensationnelle, de cette brebis " copie " d'une autre, il y ait la réalité des immenses difficultés scientifiques et techniques, des innombrables échecs qu'ont dû affronter les chercheurs pour obtenir un résultat " présentable ". Et, on le sait maintenant, un résultat qui, dans l'état actuel des connaissances, augure mal, même dans le seul monde des animaux, du clonage reproductif : outre le taux très élevé des avortements spontanés, de la mortalité postnatale, les animaux ainsi obtenus présentent très souvent de graves déficiences. Entre autres raisons, bien que toutes ne soient pas encore bien cernées, parce que ces " nouveaux-nés " n'ont pas l'âge de leur état civil, mais celui du patrimoine génétique du donneur (et en l'occurrence, généralement de la donneuse). Les clones nouveaux-nés sont, biologiquement, âgés. Autant dire que, et les scientifiques sérieux sont les premiers à le dire, s'agissant d'êtres humains, cette entreprise serait pour le moins criminelle.

La science-fiction et le domaine fantastique mis à part, où les fables de Frankenstein ou du Meilleur des mondes, quand ils ne servent pas à provoquer quelques frissons, peuvent amener à se poser des questions sur l'Humanité et la société, l'idée du clonage d'êtres humains serait parfaitement réactionnaire, dans tous les sens du terme. Car cette idée de reproduction humaine asexuée serait à rebours de tout ce qui dans l'évolution des êtres vivants, à commencer par l'apparition de la sexualité, a permis la diversification des espèces, leur foisonnement, leurs changements jusqu'à l'apparition de nos lointains ancêtres. La poésie, les arts, la littérature, les sentiments, et tout bonnement la société humaine seraient impensables sans la sexualité, et sans la reproduction sexuée qui fait de chaque être un individu unique.

Un tel scénario n'a nulle place, hormis dans la tête de savants fous, et plus probablement de charlatans qui voient là l'occasion de quelques escroqueries. Et cela, qu'elles soient celles d'une secte, dans le cas des raéliens, ou de margoulins également sans scrupules, mais ne s'entourant pas, eux, du délire mystique des raéliens, comme Zavos aux États-Unis ou Antinori, en Italie, dont on dit qu'eux aussi seraient sur les rangs pour annoncer très bientôt des clones humains produits par eux.

Il n'y a évidemment rien de choquant à ce que la société cherche à se prémunir contre de tels gens, au contraire, et l'interdiction de fait, sinon de droit, du clonage reproductif dans nombre de pays va dans ce sens. La communauté scientifique dans son ensemble soutient d'ailleurs de tels interdits. Mais, dans certains cas, comme en France, cette interdiction a été étendue à un domaine, certes voisin du clonage reproductif quant aux techniques qu'il met en oeuvre, mais qui poursuit des visées tout autres : le clonage à but médical, appelé pour cette raison clonage thérapeutique.

Le clonage à visée thérapeutique permettrait de produire des cellules embryonnaires, dites cellules-souches totipotentes car ce sont les toutes premières qui apparaissent à partir d'un oeuf fécondé et elles sont théoriquement susceptibles de produire toute la gamme des cellules dont se composera le futur être humain. Bien que, dans l'état actuel de la science, on n'en soit encore qu'aux premiers balbutiements de la chose, ces cellules permettraient, par exemple, de fournir de quoi remplacer les cellules lésées du muscle cardiaque après un infarctus ou, dans le cas de maladies comme celle de Parkinson, elles fourniraient des neurones capables de migrer vers les zones du cerveau où certaines cellules sont déficientes.

Évidemment, les expérimentations que cela implique doivent être encadrées. Mais les interdits qui existent dans certains pays sur la recherche impliquant des cellules souches, et donc concernant toutes les formes de clonage, n'ont qu'un lointain rapport avec le souci de la protection, indispensable, des individus. Ces interdits absolus, s'agissant du clonage à visée thérapeutique, s'expliquent surtout par la sensibilité des pouvoirs publics (de droite comme de gauche, car la loi dite de bioéthique de 1994, complétée en 1997, a prévu une interdiction de recherche et de travaux pour cinq ans, toujours pas levée) aux pressions des secteurs réactionnaires de l'opinion. Par exemple ceux, religieux ou non, qui dénient aux femmes le droit de disposer de leur corps, et donc condamnent l'avortement et, dans la foulée, l'utilisation par les scientifiques des embryons avortés, voire celle d'oeufs fécondés non utilisés dans le cas de fécondation assistée.

En Europe et Amérique du Nord, la législation en la matière est tantôt plus, tantôt moins restrictive. Parfois de façon hypocrite : certains pays n'autorisent pas la production de cellules-souches sur leur sol... mais n'interdisent pas d'en importer. Une façon, sans doute, de concilier les intérêts de la recherche, et des chercheurs, avec le souci de ne pas froisser les bigots. Tout en préservant, cela va sans dire, les intérêts à venir des capitaux privés qui ne manqueront pas de s'investir dans ce secteur si l'on n'interdit pas de breveter tout ce qui touche au corps humain.

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