La BNP s'offre une part du Crédit Lyonnais : L'Etat aux petits soins pour les banquiers29/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1791.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

La BNP s'offre une part du Crédit Lyonnais : L'Etat aux petits soins pour les banquiers

Organisé à la sauvette l'espace d'un week-end, le rachat par la BNP de 10,9 % du capital du Crédit Lyonnais que détenait encore l'État français illustre la course à laquelle se livrent les grandes banques pour absorber leurs concurrents, ou pour les faire passer dans leur orbite.

Cette course à la concentration du capital financier est d'autant plus vive que, dans tous les pays riches, notamment en Europe, se déroule une guerre au couteau pour dominer le marché entre les géants du secteur (essentiellement britanniques) et ceux qui aimeraient le devenir ou le rester, telle la BNP, bien placée dit-on mais dans la seule zone euro.

Dans cette guerre où tous les coups sont permis (et dont les personnels des banques comme la grande masse de leurs clients sont les premiers à faire les frais), l'État joue autant qu'il le peut le rôle d'entremetteur dans les fusions et accords interbancaires. Un soutien où il n'a jamais cessé d'être généreux pour les financiers, que ce soit en cédant à la BNP sa part du Crédit Lyonnais - à prix cadeau, ce que la Bourse a salué par une hausse des cours de la BNP et du Crédit Lyonnais - ou avant, en bradant le secteur bancaire nationalisé, ou dans les années quatre-vingt-dix en ayant épongé (avec l'argent des contribuables) le fameux « trou » du Crédit Lyonnais. Un trou qui avait été creusé non pas par une « mauvaise gestion » comme cela a été prétendu, mais par la mise délibérée au service d'intérêts privés, y compris de margoulins, de cette banque alors nationalisée.

Bien sûr, ce rôle de soutien du grand capital que remplit l'État semble mal s'accorder avec les discours à la mode, ceux d'un « libéralisme » que professent la droite et, à peine moins ouvertement, la gauche et qui voudraient que l'État intervienne le moins possible dans l'économie. Mais il n'y a nulle contradiction à cela. Au contraire, ce sont les deux bouts d'un même bâton dont la bourgeoisie se sert pour frapper la population.

Quand l'État dit se « désengager », il ne fait que continuer à intervenir, sous une autre forme, au profit du capital privé. Ainsi, quand il privatise - et rappelons que le gouvernement Jospin détient en ce domaine un triste record -, c'est pour remettre au privé les plus profitables des entreprises publiques ou leurs secteurs les plus juteux, une opération où le secteur privé gagne sur les deux tableaux. D'une part, il récupère ainsi des pans entiers de l'économie, sans avoir eu à supporter des dépenses d'investissements (que l'État a réalisées pour lui dans les télécommunications, les transports, etc.). D'autre part, l'argent que l'État reçoit à cette occasion sert surtout à financer les cadeaux en tout genre que les gouvernements successifs ne cessent de faire au patronat et à la bourgeoisie - baisses d'impôts, baisses de charges sociales, investissements dans des secteurs encore non rentables et dont les actionnaires ne veulent pas pour l'instant.

Ces cadeaux, la population n'en finit pas, elle, de les payer, d'abord en particulier les couches populaires, ne serait-ce que par la réduction continuelle des services qui lui sont indispensables, par la dégradation et le renchérissement des services publics.

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