Décentralisation : "Bon appétit messieurs !"29/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1791.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Décentralisation : "Bon appétit messieurs !"

Comme illustration de ce qui se passe dans les exécutifs des collectivités locales, il y a le dernier rebondissement qui touche le président du Conseil général de l'Oise, Jean-François Mancel. La presse vient de rendre publique la décision le concernant rendue par la Cour des comptes vendredi 15 novembre.

Celle-ci, après quatre ans d'attente et une nouvelle élection présidentielle et législative, vient de retirer la menace de radiation de ses mandats et droits électoraux qui pesait sur lui. En effet la Chambre régionale des comptes de Picardie avait jugé Mancel coupable d'avoir confié la gestion d'une partie de la trésorerie du Conseil général à deux escrocs notoires. Par chance pour lui, ces deux comparses, le mari et la femme, dirigeants de cette société véreuse, sont fort opportunément décédés l'un après l'autre. Cela a évité à Mancel la poursuite de l'enquête pénale, avec ce qui aurait pu en sortir.

Restait l'utilisation très particulière des fonds du Conseil général. Mais en 1998 siégeait à la tête de la cour des Comptes un certain Pierre Joxe, ex-ministre socialiste de l'Intérieur. Le dossier de " l'adversaire de droite " a été enterré pendant des années. Aujourd'hui, la cour des Comptes décrète que le Conseil général n'a pas eu à pâtir de cette mission de gestion bizarrement transférée et, en conséquence, infirme le jugement de la Chambre régionale des comptes.

Cela s'ajoute à l'attitude permanente de bienveillance dont a bénéficié le président du Conseil général. Ainsi avaient été mises à jour en même temps beaucoup d'autres " anomalies ". Des irrégularités graves sur la passation des marchés concernant le programme de construction et de rénovation des collèges avaient été aussi relevées par la Chambre régionale des comptes. Des grandes entreprises du BTP étaient dans l'affaire pour un marché de plus de deux milliards de francs. Tout cela avait été classé sans suite par le Parquet.

Il y a eu aussi le fait, incontesté, que ce notable s'est servi pendant des années de la trésorerie du Conseil général pour payer tous ses achats personnels, y compris les yaourts ! Cette affaire avait pris dans les journaux le nom de " l'affaire des Caddie ", puisqu'il s'agissait d'achats faits pour l'essentiel dans les grandes surfaces pour un montant estimé à plus d'un million de francs. Et là, nouveau miracle pour Mancel, le Parquet, alors qu'Elisabeth Guigou était ministre socialiste de la Justice, a décidé de classer cette nouvelle affaire en se contentant de lui demander de rembourser une toute petite partie de ce qu'il avait pris dans la caisse. Cela a fait scandale dans tout le département et la région, car les tribunaux sont plein de pauvres gens qui prennent sans les payer quelques marchandises, parce que sans cela ils ne pourraient se nourrir, sans bénéficier pour autant d'une telle " compréhension ".

La liste des aventures judiciaires heureuses de l'ex-secrétaire général du RPR que ses grands principes ont amené à recommander l'alliance de la droite avec le FN n'est pas close. Le FN a appelé à voter pour lui aux cantonales, ce qui lui permit de survivre politiquement, même s'il a été un temps boudé par ses amis du RPR et de la droite officielle. Mais dernièrement, c'est Sakorzy lui-même, le ministre de la Sécurité intérieure, qui est venu dans l'Oise dire toute l'affection et la confiance qu'il avait toujours gardées à Mancel. C'est dire !

Voilà à quel genre de personnel politique, ayant un si grand sens de l'honneur, de la probité et de l'intérêt général, on se prépare à confier des pouvoirs encore plus étendus sans aucun contrôle véritable. En effet, de nombreux chefs d'exécutifs locaux demandent au moins une restriction des attributions, voire une suppression pure et simple, de la seule institution de contrôle existante, les Chambres régionales des comptes. Comme ils aiment à le dire et le répéter : " Seuls nos électeurs doivent être nos juges ". Oui, vraiment, cela promet !

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