Le Moneo nouveau est arrivé : Par ici la monnaie !08/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1788.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le Moneo nouveau est arrivé : Par ici la monnaie !

Les boulangers avaient déjà décidé de le boycotter. Maintenant, c'est au tour des débitants de tabac de les imiter. Lui, c'est Moneo, une carte à puce prépayée décrite comme un " porte-monnaie électronique " permettant de payer les petits achats (jusqu'à 30 euros) et qui vient d'apparaître sur le marché en région parisienne. Selon les publicités envoyées par les banques à leurs clients particuliers, Moneo n'aurait que des avantages : il serait pratique (car dispensant d'avoir de la monnaie ou d'attendre qu'on vous la rende), rechargeable chez les commerçants, débité directement sur votre compte bancaire, pas cher (5 à 12 euros par an)... De quoi se plaindrait-on ?

Eh bien, les détaillants, eux, se plaignent de son coût prohibitif. Outre l'achat d'un terminal (150 euros), ils devraient accepter un prélèvement de 0,3 à 0,9 % sur toutes les transactions et payer en outre deux communications téléphoniques chaque fois qu'un client recharge sa carte Moneo chez eux. Ils estiment qu'au total cela réduira leur marge de 20 à 25 %. En échange, bien sûr, ils ont moins de monnaie à manipuler, mais cela vaut-il ce prix ? Les chaînes de la grande distribution sont, elles, favorables à cette petite carte. C'est qu'elles ont des arguments dont ne dispose pas le petit commerce : une surface financière et un poids commercial qui leur permettent de négocier des rabais auprès de BMS (la société gestionnaire de Moneo). En outre, étant donné l'importance, pour le grand commerce, de la vitesse de passage aux caisses, celui-ci gagne à l'opération. D'autant plus qu'il peut facilement répercuter sur ses prix la réduction de marge qui s'ensuit pour lui, chose interdite aux débitants de tabac (son prix est fixé administrativement) ou difficilement réalisable aux boulangers.

Cette " petite merveille ", censée nous faciliter la vie, risque donc de coûter cher et aux consommateurs et aux petits commerçants. En revanche, le grand commerce et plus encore les banques s'y retrouveront, et largement. Ces dernières vont même faire coup triple. À chaque utilisation d'un Moneo, elles ponctionneront l'acheteur et le vendeur, avec en prime, comme conséquence à terme, la réduction - qu'elles espèrent considérable - des dépôts de petite monnaie à leurs guichets par les commerçants, donc d'opérations de manipulation qui requièrent du personnel. Avec les banquiers, c'est " pile " ils gagnent, " face " on perd. Et en plus, ils raflent la pièce, qu'elle soit en métal ou électronique comme avec leur nouvelle arnaque.

Partager