Italie : Une catastrophe naturelle , amplifiée par l'incurie et la cupidité08/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1788.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : Une catastrophe naturelle , amplifiée par l'incurie et la cupidité

Le fort tremblement de terre qui a frappé la petite ville de San Giuliano di Puglia, au nord-est de Naples, a fait 29 morts, dont 26 enfants, et de nombreux blessés.

Dans la région, fréquemment secouée par des tremblements de terre d'amplitudes diverses, plusieurs autres localités ont été touchées. Des maisons se sont écroulées un peu partout, et les secousses ont été ressenties jusqu'à Rome et même jusqu'en Croatie, de l'autre côté de l'Adriatique. Mais le plus dramatique a été l'effondrement du plafond de l'école de San Giuliano sur 56 jeunes enfants, dont 26 sont morts, et leurs enseignants, dont une institutrice qui est décédée elle aussi. Des morts d'autant plus inacceptables que le tremblement de terre semble loin d'être le seul ou même le principal responsable de la catastrophe.

Environ 65 % du territoire italien est sujet à des secousses sismiques, en particulier d'ailleurs le Sud, marqué par un volcanisme actif et des tremblements de terre relativement fréquents. La classification des zones dites " à risque " plus ou moins élevé est remise à jour périodiquement et, depuis le début de l'année 2002, le Conseil de la région de Molise, où est situé San Giuliano, demandait que la classification de 1998, la dernière en date, soit révisée. Pour sa part, le bourg de San Giuliano n'avait été classé à risque qu'en 1998 justement, ce qui n'avait pourtant entraîné aucune remise aux normes antisismiques des édifices déjà anciens, ces normes ne s'appliquant qu'aux bâtiments à construire... et encore, à condition qu'elles soient appliquées puisqu'on découvre aujourd'hui que les règles de 1998 sont restées lettre morte, et pas seulement à San Giuliano.

L'école du village datait quant à elle de 1953, mais elle avait été l'objet de divers travaux de rénovation et de surélévation, travaux qui, pour avoir été faits parfois en 2001, n'ont pas pour autant respecté les fameuses normes antisismiques de 1998... Aujourd'hui, dans les décombres et les ruines du désastre, on s'aperçoit que le toit de l'école, les murs de surélévation et du deuxième étage étaient de mauvaise qualité, que du mauvais ciment avait été utilisé, que l'ingénieur et le directeur des travaux de la société réalisant les travaux de surélévation ne savaient pas (disent-ils) que la zone était classée à risque, que les géologues, les constructeurs, les géomètres de la commune, les responsables de la Région, les entreprises ayant participé un peu ou beaucoup aux divers travaux, les sous-traitants, etc., bref, que personne n'avait tenu compte du danger naturel, que rien n'avait été fait correctement, et que tout le monde fermait les yeux, quand il ne s'en moquait pas, tout simplement.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix et conformément aux directives européennes, il existe en Italie une loi qui garantit - sur le papier - la sécurité des édifices scolaires. Pour l'appliquer, il a été officiellement calculé qu'un investissement global de 3 milliards d'euros serait nécessaire d'ici décembre 2004. Même pas le tiers de cette somme a été affecté à ce poste au cours des six années passées et la dernière loi de Finances ne prévoit pas plus de 10 millions d'euros à cette mise aux normes européennes des écoles, lycées et collèges d'Italie, dont 60 % ne répondent pas aux critères d'hygiène sanitaire, dont 70 % ne respectent pas les règles anti-incendie, etc.

Le désastre de San Giuliano a entraîné une forte émotion et la solidarité des habitants de nombreuses localités, dont certaines touchées elles aussi, dans un passé pas si lointain, par des catastrophes naturelles aggravées par l'irresponsabilité gouvernementale. Tandis que sur l'ensemble de la région de Molise on compte près de 10 000 réfugiés, dont des milliers abrités sous des campements de toile alors qu'arrivent l'hiver et le froid, une enquête officielle est ouverte pour déterminer les responsables de l'effondrement du plafond de l'école de San Giuliano, qualifié d'ores et déjà par la justice de " pas normal ". Mais cette enquête a bien peu de chances de désigner les vrais coupables et les vrais responsables de ces 29 morts. Des morts que le tremblement de terre aurait pu épargner, si les modalités de construction des écoles n'étaient pas depuis des décades le cadet des soucis des responsables politiques.

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