France Télécom : Un " plan de sauvetage " vu du côté des salariés18/10/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/10/une1785.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

France Télécom : Un " plan de sauvetage " vu du côté des salariés

A France Télécom, le personnel est sur le qui-vive. L'annonce de 12 milliards d'euros de perte pour le premier semestre 2002 (contre 6 milliards sur l'ensemble de l'année 2001), ajoutée à la dette de 70 milliards d'euros, la démission de Michel Bon et la nomination du nouveau PDG, Thierry Breton, " redresseur " de Bull et de Thomson Multimedia, tout cela inquiète les agents.

Ce qui domine, c'est le sentiment de révolte par rapport au gâchis réalisé, car avant la privatisation, l'entreprise faisait des bénéfices et le personnel se sentait plus utile aux usagers qu'aujourd'hui où on ne lui demande que de faire du chiffre de vente auprès " des clients ".

D'autant qu'en plus, la presse rabâche que le redressement de l'entreprise ne pourra passer que par une nouvelle réduction des effectifs !

Le personnel, de ce côté, estime avoir déjà suffisamment donné : non-remplacement des départs en préretraite et en retraite ; restructurations permanentes, avec le risque à chaque fois de voir aggraver la distance avec son lieu de travail, des temps de transport pouvant aller jusqu'à 5 heures par jour comme c'est le cas pour certains agents à la Direction Régionale Ile-de-France-Est. Et le pire est en province, car la répartition des sites peut être encore plus étendue. En deux ans, plus de 70 000 personnes au sein de France Télécom ont changé de " métier ", se vantait Bon avant son départ.

Harcèlement, déplacements d'office d'agents qui osent résister, ou comme dernièrement sur Paris, licenciements de trois fonctionnaires, parce qu'ils avaient osé distribuer un tract à un meeting de Jospin, tract où ils critiquaient la politique de France Télécom et de Jospin. De tels licenciements " pour délit d'opinion " n'avaient pas eu lieu depuis 1953.

Changement de " métier ", créations de plates-formes et centres d'appels, sont les seules propositions de postes faites aux agents dont les services sont fermés. Il faut vendre par téléphone, le casque rivé sur les oreilles, du téléphone, de l'Internet pour Wanadoo ou du mobile pour Orange. Certaines plates-formes sont mises en réseau au niveau national et le travail peut être ainsi dispatché à volonté.

Depuis quelques mois, on sent aussi une pression pour nous inciter à aller voir ailleurs s'il y a du travail, dans les autres secteurs de la Fonction publique ; c'est ainsi que nous recevons par mail les propositions de postes pour les préfectures, les rectorats...

Dans les filiales, il y a de moins en moins de fonctionnaires, les contrats précaires y deviennent la règle. Beaucoup de fonctionnaires en sont sortis pour rejoindre la maison mère de crainte de voir leur statut remis en cause. Cette séparation entre les filiales et la " maison mère " donne une certaine crédibilité aux annonces de ventes du groupe France Télécom " par appartements ". Cette éventualité est réelle dans le cadre du plan de sauvetage. D'autant que ce sont, comme pour les mobiles, tels " Orange ", des entreprises qui rapportent.

Le nouveau PDG - payé cinq fois plus que son prédécesseur ! - s'est donné deux mois pour faire l'état des lieux, avant d'annoncer son " plan de sauvetage ". Mais la presse parle de 16 000 suppressions d'emplois par le non-renouvellement des CDD et le départ des intérimaires. Les cris effarouchés de la direction parlant de " fantasmes " des journalistes ne rassurent personne. Et les dernières déclarations du sénateur Larcher - spécialiste de la privatisation de France Télécom - demandant au nouveau patron de dire la vérité aux travailleurs " sur les emplois à supprimer " en rajoutent une couche.

Dans beaucoup de services, le personnel ne voit pas comment de nouvelles réductions d'effectifs pourraient avoir lieu, sauf à fermer carrément la boutique.

Les syndicats (CGT et Sud majoritaires) sont attentistes pour le moment, expliquant que le personnel n'était pas prêt, qu'il attendait l'annonce des mesures de Thierry Breton. Ils reportaient la décision d'une action à ce moment-là.

Ils n'ont pas cherché à mobiliser le personnel le 3 octobre avec les agents de l'EDF et d'autres services publics contre les privatisations. Une partie du personnel, minoritaire pour le moment, n'a pas compris cette absence. Et certains agents, persuadés que CGT et SUD avaient déposé un préavis pour cette date, ont même fait grève le 3 et se retrouvent avec des absences irrégulières à justifier. Ce qui montre qu'une partie du personnel n'a pas du tout l'intention de laisser les mains libres au nouveau PDG.

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