EDF-GDF : La direction attaque le régime des retraites ; le personnel prépare la riposte du 3 octobre27/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1782.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

EDF-GDF : La direction attaque le régime des retraites ; le personnel prépare la riposte du 3 octobre

Il y a quelques semaines, Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, prévoyait qu'il y aurait 50 000 personnes à la manifestation parisienne du 3 octobre concernant le personnel d'EDF-GDF. Depuis, les cheminots ainsi que le personnel d'Air France sont également conviés. Une chose paraît évidente en tout cas au sein d'EDF-GDF, c'est qu'il y aura du monde, car le mécontentement est devenu très important.

L'attaque contre les retraites

En effet on connaît maintenant les intentions de la direction concernant les retraites. Roussely, le président d'EDF, s'est expliqué le 30 juillet devant des députés de la Commission parlementaire de la production et des échanges. Depuis, le rapport, ou des extraits, ont largement circulé et c'est particulièrement édifiant.

En ce qui concerne les retraites, des électriciens et gaziers, Roussely a déclaré qu'il voulait " le transfert de la gestion des droits acquis des agents déjà retraités à un établissement public spécialisé moyennant le versement d'une soulte à celui-ci, l'adossement de cet établissement à un régime de droit commun dans un délai de quatre à cinq ans et, enfin, l'adaptation du régime existant qui postulera, à un moment ou à un autre, une majoration du taux de cotisation des agents, qui est actuellement de 7,85 % contre en moyenne 11 à 12 % pour les principaux concurrents européens d'EDF ".

Actuellement les retraités d'EDF et GDF sont considérés comme des agents inactifs et payés par l'entreprise, pas par une caisse de retraite. Depuis des années la direction se plaint du " fardeau des retraites " dont elle voudrait se débarrasser, en versant une grosse somme d'un coup (une soulte) à un " établissement spécialisé ". Comme cela, si les agents sont mécontents (et ils le seront nécessairement !), on leur dira de s'adresser à ladite caisse, et qu'EDF et GDF ne peuvent rien pour eux.

" L'adossement à un régime de droit commun ", cela signifie que les quelques avantages dont bénéficie le personnel disparaîtraient, et surtout qu'il pourrait y avoir l'allongement des annuités de cotisations de 37,5 à 40 ans.

Et pour finir il y a la perspective de voir augmenter les cotisations de 3 à 4 % (de 7,85 à 11/12 %), ce qui fera autant de moins sur la feuille de paye.

Bref, c'est une attaque en règle !

Roussely a également précisé que cela ne concernait pas seulement les nouveaux embauchés, mais bien l'ensemble du personnel actuel : " Les mesures nouvelles devront s'appliquer aux agents en activité, ce qui implique de modifier la promesse sociale qui leur a été faite à leur entrée dans l'entreprise ".

Du coup, tout le monde est furieux, et bien des salariés protestent qu'ils n'ont pas cotisé toute leur vie pour en arriver là, et qu'on veut les voler !

Une autre chose est évidente, c'est que le statut qui est censé protéger le personnel avec une garantie de l'emploi (très relative d'ailleurs en réalité), Roussely s'assoit dessus ! Et si la direction peut " modifier " une " promesse sociale ", elle peut tout aussi bien, plus tard, en modifier d'autres...

L'ouverture du capital

Cette attaque concernant le régime de retraite intervient dans le contexte où l'ouverture du capital de GDF au secteur privé est décidée, et où celle d'EDF pourrait l'être bientôt. Cette ouverture du capital, souhaitée par la direction d'EDF (et celle de GDF), a été préparée par le précédent gouvernement de gauche. L'actuel gouvernement de droite s'apprête à la réaliser, bien que la grosse majorité du personnel et des usagers y soit opposée.

Roussely a déclaré que " le régime de retraite de droit commun " qu'il prépare " est un préalable nécessaire à l'ouverture du capital ". Mais on lit dans ce même rapport : " En ce qui concerne les retraites, M. François Roussely a précisé qu'une action s'imposait même en l'absence d'une ouverture du capital ".

Là aussi les choses sont claires : Roussely ne conçoit pas l'ouverture du capital d'EDF sans régler, à sa façon, la question des retraites. Mais même si l'ouverture du capital ne devait pas se faire, le personnel est bien prévenu que de toute façon la direction s'attaquera aux retraites.

L'os des oeuvres sociales

Répondant aux députés, Roussely a précisé que " le prélèvement de 1 % du chiffre d'affaires pour les oeuvres sociales, comme d'autres dispositions telles que le tarif de l'électricité pour les agents, vaut la peine d'être préservé s'il s'agit du prix à payer pour une transformation paisible du statut de l'entreprise ".

Le personnel bénéficie en effet d'oeuvres sociales importantes (colonies de vacances, etc.) et réputées, auxquelles il tient. Les syndicats qui les gèrent y tiennent d'ailleurs bien davantage encore ! Mais là aussi le calcul de Roussely est exposé on ne peut plus clairement : maintien des oeuvres sociales et des tarifs préférentiels, en échange d'une modification " paisible " du statut et du régime des retraites. Chacun comprend que ce 1 % , c'est l'os que Roussely accorde au personnel pour qu'il se laisse " paisiblement " dépouiller du reste. Et qu'ensuite, après ouverture du capital, on lui enlèvera même cet os !

L'attitude des fédérations syndicales

Les fédérations syndicales CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC appellent ensemble à la manifestation du 3 octobre, ce qui constitue un encouragement pour le personnel à y participer. Mais cependant leur position n'est pas très claire.

Ainsi, ces quatre fédérations ont publié le 4 septembre un communiqué où " elles réaffirment leurs revendications de pérennisation et d'amélioration du régime particulier des industries électriques et gazières ". Qu'est-ce que cela signifie ? La défense des retraites menacées du personnel d'EDF et GDF ? Ou bien la création d'un nouveau régime intermédiaire entre celui d'EDF-GDF et celui des autres entreprises électriques et gazières non nationalisées (il en existe 150) et qui ont un régime nettement moins favorable ? Et ce serait cette espèce de cote mal taillée qu'il faudrait " pérenniser " ?

Dans la région parisienne, le 2 septembre, la CGT (rappelons que la CGT est très majoritaire à EDF et GDF) a distribué un tract intitulé " Retraites, le régime sec ", protestant contre les projets de la direction et appelant " à faire du 3 octobre une grande journée d'action avec arrêt de travail et à participer à la manifestation nationale à Paris ".

Mais le 16 septembre, nouvel appel intitulé cette fois, " Ouverture du capital, privatisation, c'est non ", où il est écrit que " L'ouverture du capital est imposée par l'Europe ", et où il n'y a pas un mot, pas un seul, sur les retraites ! Et lorsque certains se sont étonnés de cette absence pour le moins stupéfiante, la réponse de certains militants a été : " Mais les retraites, on en a parlé il y a quinze jours ! "

Au sein de la CGT parisienne, où de nombreux syndicalistes sont dans l'opposition par rapport aux dirigeants fédéraux (opposition animée par la tendance dite Rouge Vif du PCF), il n'est pas rare d'entendre critiquer la mollesse - pour ne pas dire pire - des dirigeants nationaux.

Pour les travailleurs, une riposte indispensable

Le souvenir de la grève de 1995 n'a pas disparu. Cette année-là, Juppé s'en était pris déjà aux retraites, et il avait dû remballer son plan devant la grève des cheminots, de l'EDF-GDF, de la RATP, pour l'essentiel.

Aujourd'hui, les travailleurs d'EDF et GDF n'ont pas le choix. S'ils veulent sauvegarder leurs retraites, il leur faudra lutter, à nouveau, " tous ensemble ! " Mais les travailleurs ont une puissance énorme et, dans le seul secteur de l'énergie, électricité et gaz, ils pourraient arrêter tout le pays. Et ils auraient la sympathie de l'ensemble du monde du travail.

Ils seront probablement nombreux le 3 octobre. Mais une journée ne suffira pas, chacun le comprend. Roussely et consorts espèrent que le 4 octobre l'affaire sera terminée.

C'est pourquoi la question se pose dès maintenant : si la journée du 3 est un succès - et il faut tout faire pour qu'elle le soit - il faudra qu'il y ait une suite.

Montrer sa force, c'est bien, c'est même indispensable, mais cela ne suffit pas : il faut empêcher qu'on s'en prenne aux retraites. Et le 3 octobre doit devenir le " préalable nécessaire " à la lutte.

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