Sommet de Johannesburg : Chirac super-bonimenteur06/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1779.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Sommet de Johannesburg : Chirac super-bonimenteur

" La Terre et l'humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables ". On pourrait résumer à cette phrase le discours d'écolo-humaniste que Chirac a prononcé au sommet de Johannesburg. Rejoignant même les adeptes de la taxe Tobin, il a évoqué l'idée d'un " prélèvement de solidarité sur les richesses engendrées par la mondialisation " pour aider au développement des pays les plus pauvres de la planète. Mais si Chirac a voulu soigner son image, il ne s'est pas plus engagé que ses homologues, chefs d'État des grandes puissances occidentales, sur une aide concrète et encore moins sur des objectifs financiers.

Les belles paroles de Chirac et de ses semblables sur la solidarité, le développement et l'avenir de la planète ne trouveront pas plus d'application que celles prononcées lors du précédent sommet, tenu à Rio en 1992. À titre d'exemple, les représentants des pays les plus riches avaient alors promis d'accroître leur aide au développement des plus pauvres, avec comme objectif d'y consacrer 0,7 % de leur richesse nationale. Mais c'est l'inverse qui s'est produit : ces aides ont considérablement diminué, passant de 60 milliards de dollars en 1991 à 42 milliards en 2000. Et la France n'a pas fait mieux que les autres, sa contribution tombant à 0,32 % de son PIB.

Reste qu'il faut quand même un certain culot à Chirac pour se poser en défenseur des intérêts des pays sous-développés ! Ne s'est-il pas opposé - comme le gouvernement américain d'ailleurs - à la diminution des subventions dans le domaine de l'agriculture, alors que ces subventions favorisent les exportations massives de céréales et de viande européennes ou de coton américain vers les marchés d'Afrique et acculent les producteurs locaux à la misère ?

En fait, si Chirac s'est déplacé à Johannesburg, c'est pour jouer son rôle de porte-parole des trusts français. Et lorsqu'il revendique " l'accès de tous à une eau potable " et " le développement des énergies renouvelables ", il prêche surtout pour que Vivendi, Suez-Lyonnaise des Eaux, EDF, Areva et quelques autres décrochent de juteux contrats.

L'avenir de la planète, le sort des populations du Tiers Monde n'intéressent ces gens-là que si, derrière ces mots, il y accès à des marchés et des profits garantis.

Sommet de la Terre et sommet des affaires

La conférence de Johannesburg aura surtout permis à de nombreuses entreprises de soigner leur image, en reprenant à leur compte les thèmes de circonstance comme " le développement durable " ou " le respect de l'environnement ".

C'est ainsi que l'on pouvait voir la firme automobile BMW exposer l'un de ses modèles avec ce slogan " le développement durable, c'est possible ".

Un groupement d'entreprises, comptant dans ses rangs General Motors, Dow Chemicals, DuPont et Texaco Chevron, s'est quant à lui affiché avec des représentants de Greenpeace pour dénoncer " l'immobilisme des chefs d'État " et réclamer l'application du protocole de Kyoto. Shell avait pour sa part axé sa communication sur un projet d'exploitation gazière aux Philippines, labellisé par l'ONU. Au nombre des participants figurait également un groupement d'industriels, réunissant des fabricants de pesticides et des producteurs d'OGM, prônant un " bon usage " de leurs produits.

Quant aux groupes français, ils se sont notamment illustrés autour du thème de l'eau avec Vivendi et Suez. Il est vrai que cette dernière pouvait mettre en avant sa très profitable collaboration avec le gouvernement sud-africain pour le développement des réseaux d'eau potable.

En dépit de leurs discours, il est difficile de croire aux intentions sociales, écologiques, voire philanthropiques affichées par toutes ces multinationales. Même dans le Tiers Monde, elles peuvent tirer des profits, sinon avec les populations, du moins avec les États... tout en ramassant au passage quelques subventions de l'ONU ou de ses satellites.

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