Rivoire et Carret - Lustucru : Marseille et Arles toujours en grève14/06/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/06/une1768.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Rivoire et Carret - Lustucru : Marseille et Arles toujours en grève

Les ouvriers de Rivoire et Carret-Lustucru, en grève à Marseille et à Arles, se rencontrent souvent dans leur lutte et notamment au cours de l'occupation du siège de Marseille, qui s'est renouvelée à plusieurs reprise la semaine dernière. Les grévistes sont las de traîner de négociations en négociations stériles, avec ou sans médiateur et directeur du travail. Ils veulent enfin obtenir un certain nombre de réponses des directeurs qui campent sur leur position quant à la garantie de l'emploi et la prime de rachat. Les sites d'Arles et de Marseille sont en grève avec occupation depuis le 14 mai.

Dans ces négociations, les directeurs proposent pour l'instant une prime de vacances augmentée de 3 000 F pour cette année seulement, un étalement sur les congés de la récupération des jours de grève et une augmentation de 2 % des salaires, à la condition de reprendre le travail.

Mais pour le devenir des emplois et le paiement de la prime de rachat, c'est motus et bouche cousue.

Lundi 10 juin, les travailleurs de l'usine d'Arles ont fait la promotion des produits de la marque. Gratifiant d'un peu de riz les automobilistes de passage sur la route de Tarascon, ils leur expliquaient les raisons de leur grève. Ce qui a été fort apprécié.

Les directeurs, quant à eux, ont beaucoup à apprendre, comme le raconte un ouvrier de l'entreprise : " Nos jeunes directeurs ayant fait leurs classes en Californie et dans des pays pauvres n'arrêtaient pas de nous seriner à longueur de réunion que la lutte de classe était dépassée, que c'était vieillot et ringard. Eh bien, les voilà en train de gérer un des plus gros conflits que l'entreprise ait connus... Les pôvres ! "

Il est vrai que c'étaient les patrons qui menaient la lutte de classe à leur manière. À les entendre, c'était par pure charité qu'ils gardaient les ouvriers qui, bien sûr, ne devaient pas mettre en péril le groupe en revendiquant de meilleures conditions de travail ou des augmentations de salaire. Mais la vérité est tout autre.

Pour camoufler les bénéfices, les patrons de RCL en connaissent un rayon. Ce sont leurs propres moulins, les moulins Maurel et les moulins de Normandie, propriétés de la famille qui fournissaient et facturaient la semoule nécessaire à la fabrication des pâtes à des prix allant jusqu'à 30 % de plus que le prix du marché. La fabrication de pâtes était ainsi, et pour cause, déficitaire et les superbénéfices sur la semoule provenaient des " pertes " des unités de fabrication. Le manque d'augmentation de salaire, les mauvaises conditions de travail avaient toujours la même explication : les usines sont déficitaires ; par contre les bénéfices des patrons étaient globalement florissants et les crédits de fonctionnement du conseil d'administration substantiels : pas moins, il y a deux ans, de douze " 607 " pour véhiculer ses membres.

Quant à la concurrence, les ouvriers de fabrication et du conditionnement la voyaient mais de l'autre côté de la barrière : leurs propres usines, leurs propres chaînes étaient souvent sollicitées afin de fabriquer et de conditionner pour les différentes autres marques les produits " concurrents ".

Et lorsque les ouvriers tiennent à leur prime de rachat de 1 200 euros par année d'activité avec un plancher à 6 000, ils savent que c'est leur travail qui a permis aux patrons de s'enrichir, de prospérer et d'élargir leur champ d'action... Et ils ont mille fois raison de tenir et de refuser les pertes d'emplois liées aux rachats des entreprises.

Mercredi 12 juin, à la demande des patrons, les pouvoirs publics ont fait donner les CRS pour dégager les entrées des deux usines d'Arles et de Marseille - La Pomme. Les ouvriers grévistes sont donc repoussés dehors ou dans les locaux syndicaux et les patrons reprennent leur droit, celui de vendre et d'acheter et de se débarrasser comme bon leur semble des travailleurs.

Dans les deux usines, si les grévistes occupaient, ils n'ont pas empêché les patrons et les ouvriers qui le désiraient d'entrer et sortir et de travailler. Mais les affaires sont les affaires et la transaction chiffrée à 500 millions pour la vente ne peut attendre. L'emploi, lui, peut bien rester sur une voie sans issue.

Partager