Dans le bilan de la gauche plurielle : un Smic, deux Smic, etc. : plus de smic mais pas moins de pauvres07/06/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/06/une1767.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Dans le bilan de la gauche plurielle : un Smic, deux Smic, etc. : plus de smic mais pas moins de pauvres

A l'occasion de la campagne électorale, le Smic - ce " Salaire minimum de croissance " dont la croissance est tout ce qu'il y a de plus ralentie - fait parler de lui.

Le PS ne s'est pas gêné pour évoquer le " coup de pouce " de 5 % qu'il lui donnerait si les électeurs renvoyaient les socialistes au gouvernement... alors qu'ils n'en ont rien fait tant qu'ils y étaient. Raffarin, de son côté, ne s'est pas engagé sur ce qu'il ferait mais a commandé une étude au Conseil économique et social sur le Smic, ou plutôt les multiples Smic qui coexistent aujourd'hui, résultats de la mise en place échelonnée des 35 heures.

Depuis 1970 qu'il existe, le Smic horaire a toujours été un salaire faible, payant les travaux les moins qualifiés et les plus pénibles. Au moins le calcul était-il unique pour tous les travailleurs concernés, faisant 39 heures de travail hebdomadaires. Mais avec la loi Aubry, cherchant à mettre en place les 35 heures sans que cela coûte quoi que ce soit aux patrons, le maintien de la rémunération des smicards passant de 39 heures à 35 heures s'est accompagné d'un système compliqué, pour que les nouveaux smicards à 35 heures ne touchent pas le même salaire que les smicards embauchés initialement à 39 heures. Une telle éventualité apparaissait proprement scandaleuse aux yeux du patronat (et du gouvernement socialiste alors en place), puisqu'il aurait signifié une réévaluation de 11 % environ du Smic horaire. D'où le système échafaudé par Martine Aubry, dit de " complément différentiel ", établi en fonction du salaire mensuel et non plus seulement horaire, censé amortir l'impact sur le montant du Smic du passage aux 35 heures. Le résultat est qu'aujourd'hui, plus l'entreprise a appliqué rapidement les 35 heures, plus la progression du salaire des smicards a été ralentie. Entre les smicards passés aux 35 heures en 1998 et ceux qui y sont passés en 2002, l'écart de salaire est d'environ 46 euros (plus de 300 francs). C'est beaucoup pour qui touche déjà un salaire insuffisant.

Dans cette campagne électorale des élections législatives, Hollande et consorts ne sont pourtant pas gênés d'évoquer le " coup de pouce " qu'il faudrait donner au Smic, alors que lorsqu'ils étaient en situation de le pratiquer, sans même parler des véritables augmentations des bas salaires qui auraient été plus que nécessaires, ils n'ont rien fait. Pire, ils ont maintenu le salaire minimum autorisé par la loi à un niveau trop bas pour permettre de vivre correctement, et ont échafaudé un mécanisme qui freine tout réajustement des bas salaires et qui est un facteur de division entre les rémunérations des smicards.

Depuis que la loi Aubry a été promulguée, le passage aux 35 heures a concerné, année après année, de nouvelles entreprises. Au point que coexistent, cette année, pas moins de cinq " rémunérations minimales mensuelles brutes " différentes, s'échelonnant entre 1011,64 euros (35 heures payées 35) et 1127,23 euros (pour les salariés étant passés aux 35 heures entre le 1er juillet 2001 et aujourd'hui, ainsi que pour tous ceux ayant encore un horaire hebdomadaire de 39 heures).

On le voit, la politique de la gauche au gouvernement a contribué non seulement à la dégradation des conditions de travail avec une flexibilité aggravée des horaires mais de plus, elle a réussi à faire que parmi les salariés les plus pauvres, certains soient encore plus pauvres que d'autres.

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