Cohabitation ou pas : Un calcul très politicien07/06/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/06/une1767.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Cohabitation ou pas : Un calcul très politicien

Il y a un an et demi, les dirigeants du PS s'étaient montrés partisans de l'inversion du calendrier électoral, fixant l'élection présidentielle avant les élections législatives, et non après comme il était initialement prévu. A les croire, il s'agissait de revenir à un ordre plus cohérent, en commençant par l'élection la plus importante, l'élection présidentielle. Mais cette volonté avait un objectif plus politicien. En organisant la présidentielle puis l'élection des députés, le PS espérait qu'une victoire à la présidentielle entraînerait une victoire aux législatives. En 1981, 1988, 1995, l'élection de Mitterrand, puis celle de Chirac ont effectivement favorisé l'élection quelques semaines plus tard d'une majorité de la même couleur.

Mais cette inversion du calendrier avait aussi un autre objectif : celui de partir du résultat obtenu par les diverses composantes de la gauche dite plurielle pour distribuer à chacun des circonscriptions en fonction des voix obtenues : les résultats ont bouleversé ces calculs. Tout comme ont été bousculés les arguments concernant la cohabitation.

Jospin comme Chirac vilipendaient la cohabitation. Chacun n'avait alors pas de mots assez durs pour la récuser. Mais Chirac a été élu, le PS a été pris à contre-pied. Il a dû effectuer un tournant à 180?.

Chirac et ses lieutenants n'ont de cesse depuis lors de réclamer pour le chef de l'exécutif ce qu'ils appellent " les moyens de l'action ", répétant qu'il voulait une " majorité claire et cohérente ".

Quant au PS, son nouveau porte-parole, Hollande, ne voit plus dans la cohabitation la tragédie annoncée. Il a déclaré que si la gauche gagne les élections législatives, " elle respectera la Constitution ", en clair qu'elle sera un partenaire loyal d'une nouvelle cohabitation. Le PS a ressorti de sa panoplie électorale l'argument qu'il ne faut pas que la droite truste tous les pouvoirs. Elle a déjà la majorité au Sénat, la majorité des conseils généraux, des conseils régionaux, et occupe l'Elysée ! Comme si dans tous ces organismes, les élus de gauche ne cohabitaient pas sans douleur avec ceux de droite. Et comme si, sur l'essentiel, comme on l'a vu ces cinq dernières années, la présence d'une majorité de gauche " cohabitante " changeait quelque chose pour les travailleurs !

Quand il s'agit des intérêts de la population laborieuse, ces messieurs-dames de l'opposition et de la majorité se retrouvent sur l'essentiel... pour favoriser le patronat. Lors de la période de cohabitation entre Chirac à l'Elysée et Jospin à Matignon, a-t-on vu l'Assemblée remettre en cause par exemple le plan d'allongement de la durée des cotisations-retraite pour les travailleurs du secteur privé opérée par Balladur ? A-t-on vu remettre en cause le plan Juppé de réforme ou plutôt de dégradation de la protection sociale ? Majorité et minorité, chacun dans son rôle, cohabitent à merveille. Quant aux travailleurs, entre leurs intérêts et ceux du patronat, il n'y a pas de cohabitation possible. Ni pendant, ni après les élections, quelle qu'en soit l'issue.

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