Palestine : Jenine dévastée par l'armée israelienne19/04/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/04/une1760.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Palestine : Jenine dévastée par l'armée israelienne

"Nous sommes très proches de la fin" a déclaré un officier israélien opérant à Jénine, ville située au nord de la Cisjordanie. Et effectivement, à voir les quelques images qui sont parvenues de cette localité, en particulier celles du camp de réfugiés, la fin semble là, non seulement proche, mais déjà quasiment atteinte.

Le camp est totalement dévasté. Plus aucun pan de mur ne tient. Sur des centaines de mètres il ne reste que des gravats, après que l'aviation, les chars puis les bulldozers ont bombardé, détruit puis rasé des quartiers entiers, ensevelissant parfois les habitants sous des tonnes de décombres. Et ce que l'on entraperçoit des exactions de l'armée israélienne à Jénine, grâce à quelques images parfois volées, se produit dans bien d'autres villes ou villages palestiniens.

Alors, comment qualifier les actes du gouvernement Sharon, autrement qu'en leur accolant le vocable de " criminels ". N'est-il pas criminel, en effet, de s'en prendre ainsi aux populations, de raser leurs maisons, de les priver d'électricité, d'eau, de médicaments ; de tolérer que les familles n'aient que quelques heures par semaine pour se ravitailler ?

L'armée israélienne ne fait visiblement pas dans le détail, se comportant dans les territoires palestiniens réinvestis comme la vulgaire armée d'occupation qu'elle est. Les images de Jénine ressemblent à s'y méprendre à celles des villages rasés par l'armée française en Algérie, par l'armée américaine au Vietnam ou encore par l'armée allemande dans les ghettos juifs d'Europe centrale.

Et après tout cela, Sharon a le culot de parler de paix en proposant une conférence internationale à laquelle il ne croit pas lui-même. Il y met tant de mauvaises conditions (dont la non-participation d'Arafat),que ce vague projet de conférence, qui ne verra jamais le jour, n'est qu'un leurre lui permettant de gagner du temps pour parfaire ses crimes à l'encontre des Palestiniens. Du temps, c'est d'ailleurs ce qu'il réclame depuis que le gouvernement américain lui a demandé de se retirer " sans délai " les villes réoccupées. Du temps pour " finir le travail " a même dit Sharon, ajoutant le cynisme à l'odieux.

Dans le registre de l'odieux et du cynisme, Sharon n'est bien sûr pas seul. Ce ne sont pas les complicités qui lui manquent, à commencer par celles du président américain Bush et de son secrétaire d'Etat Colin Powell, qui tous deux se gardent d'exercer la moindre pression véritable sur le gouvernement israélien. Malgré quelques déclarations qui se sont voulues fermes, Bush a donné à Sharon le temps qu'il demandait, en autorisant Powell à multiplier les étapes avant d'arriver en Israël. Et comme il fallait s'y attendre, une fois en Israël, Powell n'a fait qu'enregistrer, voire accepter les volontés de Sharon. En fait, la tâche de Powell au Proche- Orient semble être surtout de mettre en garde les États arabes voisins " contre tout risque de dérapage ", à défaut de pouvoir, ou de vouloir, infléchir la politique de l'allié israélien.

Autre complice et non des moindres, Péres, le soi-disant homme de gauche, un des pères des accords d'Oslo, qui depuis que Sharon dirige le gouvernement accepte de lui servir de paillasson. Il fallait l'entendre, Péres, justifier la destruction du camp de réfugiés de Jénine, sans croire lui- même à ce qu'il disait. Mais qu'importe, lorsqu'il s'agit de défendre le nationalisme israélien, même incarné par un homme d'extrême droite comme Sharon, les travaillistes à la Péres répondent présents. C'est dire aussi que les accords d'Oslo, concoctés par un tel homme, n'avaient pas pour but la satisfaction des droits nationaux palestiniens. Il s'agissait alors, pour se sortir d'une première Intifada que l'armée israélienne n'arrivait pas à vaincre, de donner un semblant d'autonomie à Yasser Arafat, à qui l'on demandait en contrepartie d'encadrer son propre peuple. Et pendant ce temps, sous les gouvernements de la gauche israélienne en particulier, la colonisation, c'est-à-dire le vol des terres a continué de plus belle, amenant à la situation inextricable d'aujourd'hui, où la Cisjordanie est parsemée de colonies israéliennes jouxtant des localités palestiniennes.

Eradiquer le " terrorisme ", c'est-à-dire en l'occurrence le sacrifice de soi de centaines de Palestiniens, pour la plupart fort jeunes, Sharon n'y parviendra pas. Par contre, il se pourrait bien que son objectif soit tout autre et le conduise à chasser encore plus de Palestiniens des terres et des villages qui sont aujourd'hui les leurs. Les annexions se multiplieraient alors, renforçant le désespoir et la haine de tout un peuple en maintenant toutes les causes de conflit qui ensanglantent cette région depuis plus d'un demi-siècle.

Partager