Fortech-Issoire (Puy de Dôme) : Accident chimique29/03/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/03/une1757.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Fortech-Issoire (Puy de Dôme) : Accident chimique

Trois ouvriers touchés par des vapeurs toxiques à l'usine Fortech d'Issoire, un millier d'ouvriers et employés évacués d'urgence à l'usine voisine de Péchiney-Rhénalu, fermeture de l'autoroute A75 : voilà les conséquences de l'accident qui s'est produit mercredi 20 mars.

A Issoire, à une quarantaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, trois usines sont juxtaposées : la principale, Péchiney-Rhénalu (ex-Cégédur), il y a en outre Forgeal, avec une presse très puissante, et Fortech, là où s'est produit l'accident.

Environ 400 personnes travaillent à Forgeal, presque toutes en équipe, faisant les 3x8. On y prépare des " tôles ", c'est-à-dire des plaques d'aluminium, surtout pour l'aéronautique et en particulier pour les Airbus. Dans l'un des principaux ateliers, sont installées une vingtaine de cuves contenant des mélanges d'acides nitrique et fluorhydrique.

D'après les premiers éléments de l'enquête, faite par les services de police judiciaire et par l'administration - la DRIRE (Direction régionale de la recherche, de l'industrie et de l'environnement) - , l'accident aurait eu pour cause la panne d'un pont roulant.

Bloqué brusquement, un panier suspendu a été déséquilibré et son contenu, des plaques d'aluminium, s'est déversé dans l'une des cuves contenant 1500 litres d'acide. La réaction chimique a été immédiate et puissante : échauffement du bain acide jusqu'à 110°, avec dégagement abondant de vapeurs toxiques.

Alertés, les services de secours ont transporté à l'hôpital trois ouvriers touchés par ces vapeurs. Leurs jours ne sont pas en danger. L'usine toute proche de Péchiney-Rhénalu a été évacuée de ses 800 ouvriers et employés, alors au travail, et la production a été arrêtée. L'équipe des pompiers spécialisés dans les accidents chimiques a mis plusieurs heures pour refroidir la cuve afin de la vider et récupérer les pièces tombées au fond.

Pendant toute l'opération, qui a duré de 11 heures du matin jusqu'au soir, l'autoroute A75, qui va de Clermont-Ferrand à Montpellier, a été fermée. Ce qui a provoqué des bouchons considérables entre Issoire et Clermont-Ferrand.

Des usines dangereuses

Cet accident n'a rien d'exceptionnel. A Issoire, en 1984, un ouvrier est mort lors de l'installation de la grande presse, écrasé par une partie du système de levage qui s'était écroulé. L'enquête avait alors démontré le manque de sécurité. Mais la liste ne s'arrête pas là :

- En 1986 : 4 morts, 15 blessés graves dans l'explosion d'un four à la fonderie de Cégédur. Avec des toitures et des vitres soufflées à 100 mètres à la ronde.

- En mai 2000, un incendie s'est déclaré à l'usine Repol qui recycle du plastique et il s'en est fallu de peu que des milliers de litres de produits inflammables et toxiques, dont du méthanol, ne prennent feu.

- En novembre 2000, chez Bourbié, le plus gros ferrailleur de la région, qui recycle des carcasses de voitures, des bouteilles de gaz, des cuisinières, 40 000 m³ ont brûlé, avec des flammes de 20 mètres de haut et un dégagement intense de fumées.

Il faut signaler encore la présence toute proche de l'usine Domagri, qui abrite un dépôt d'engrais classé Seveso 2, ce qui a de quoi renforcer les inquiétudes !

" Il s'agit de comprendre ce qui s'est passé pour éviter que ce type d''' incident ''( !) ne se reproduise " a déclaré le sous-préfet d'Issoire. Des paroles d'attentisme, alors que cette série de faits démontre que la recherche du profit chez les industriels passe bien avant la santé et la vie des travailleurs et des habitants.

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