19 mars 1962-19 mars 2002 - Quarante ans après les accords d'Évian : Le sale visage de l'Etat français22/03/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/03/une1756.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

19 mars 1962-19 mars 2002 - Quarante ans après les accords d'Évian : Le sale visage de l'Etat français

A l'occasion du quarantième anniversaire de la signature des accords d'Evian, un peu plus de lumière a été faite sur ce qu'avait été la réalité de la politique de la France en Algérie. Déjà, l'an dernier, le livre et les déclarations du général Aussaresses avaient montré que la torture institutionnalisée, non seulement contre les militants du FLN et les combattants de l'ALN, mais contre tout Algérien suspect, parce qu'Algérien, de sympathiser avec le mouvement indépendantiste, avait été utilisée encore plus largement et plus sauvagement que tout ce que l'on avait pu imaginer à travers les témoignages publiés jusque-là. Bien que pendant plus de trente ans la version officielle ait été que l'armée française n'avait été employée en Algérie que pour des opérations de " maintien de l'ordre ", c'est une guerre sans pitié que, sous les ordres des derniers gouvernements de la IVe République (à direction ou à participation socialiste) d'abord, puis sous ceux de De Gaulle, l'armée française mena de l'autre côté de la Méditerranée, avec son cortège de villages bombardés, rasés, de populations déportées ou massacrées, de viols et d'exécutions sommaires.

Et ce ne sont pas seulement de ces huit années de guerre que les dirigeants français sont responsables. Ils le sont aussi, largement, de ce qui s'est passé ensuite en Algérie, de la mise en place de la dictature militaire qui suivit l'indépendance, comme de la guerre civile larvée qui sévit aujourd'hui, car ce n'est évidemment pas la situation qu'ils avaient créée pendant et après cette guerre qui pouvait favoriser la naissance d'un régime démocratique, et le gouvernement français, en particulier lors des mouvements de 1988, a toujours soutenu la dictature de Boumédiene et de ses successeurs contre le peuple algérien.

Mais si le peuple algérien qui, dans sa grande majorité, aspirait à l'indépendance, fut, et de loin, la principale victime de cette sinistre période, il ne fut pas la seule.

Il y eut aussi ces deux millions de jeunes Français qui " servirent " en Algérie. Certains y trouvèrent la mort. D'autres en revinrent mutilés. Quelques-uns, entraînés dans ce tourbillon d'horreurs, y perdirent leur âme. Tous perdirent leur jeunesse, dans une guerre qui n'était pas la leur, qui n'avait rien à voir avec une quelconque " défense de la patrie ".

Il y eut encore le million de " pieds-noirs ", d'origine européenne, ou Juifs algériens auxquels la France n'avait octroyé la citoyenneté française que pour les opposer à ce que l'on appelait alors les " musulmans " d'Algérie, considérés dans leur immense majorité comme de simples sujets, étrangers dans leur propre pays. Ils furent l'alibi de la répression. C'était, prétendaient les dirigeants français de l'époque, pour sauvegarder les intérêts des Européens d'Algérie qu'il fallait maintenir outre-Méditerranée la présence française. Ils furent aussi la masse de manoeuvre de la droite et de l'extrême droite, qui n'avaient que faire de leur avenir, mais qui entendaient utiliser leurs craintes pour peser sur la vie politique. Et ce n'est évidemment pas le " Je vous ai compris " de De Gaulle, s'adressant à eux en 1958, qui pouvait les préparer à accepter une indépendance que celui-ci s'apprêtait pourtant à reconnaître.

On ne peut pas réécrire l'histoire. Et nul ne peut dire, évidemment, si les séquelles d'un siècle et demi de colonialisme auraient permis la fusion de tous les habitants de l'Algérie, indépendamment de leurs origines, en une nouvelle nation. Mais ce qui est sûr, c'est que la politique des différents gouvernements qui se sont succédé entre 1954 et 1962, comme celle de la droite française, ont ruiné totalement cette possibilité.

Il y eut enfin les harkis, ces supplétifs musulmans utilisés par l'armée française dans les tâches de répression, utilisés aussi par les politiques pour essayer de prouver qu'en dehors de quelques " terroristes " la population algérienne était attachée à la France, et qui redevinrent, au moment de l'indépendance, de la piétaille sans intérêt, mais encombrante, qu'il n'était pas question d'autoriser à émigrer en France. Ils furent désarmés, livrés sans hésitation, pour la plupart d'entre eux, à la vengeance de ceux qu'ils avaient combattus ou opprimés ; ou bien parqués dans des camps où ils allaient croupir des années, pour la minorité qui réussit à traverser la Méditerranée.

C'est que, de Guy Mollet et Mitterrand à de Gaulle, les seuls intérêts qui préoccupaient les dirigeants politiques de la France, les seuls qu'ils défendaient, étaient ceux de la grande bourgeoisie. C'est une leçon qu'il faut retenir.

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