Allemagne : Quand les partis de "gauche" légalisent la prostitution04/01/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/01/une-1745.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : Quand les partis de "gauche" légalisent la prostitution

Une "Loi sur la prostitution" vient d'entrer en vigueur outre-Rhin, au 1er janvier 2002.

Sous prétexte d'en finir avec "la double morale" de l'État, qui condamnait l'existence de la prostitution tout en tolérant son existence de fait, il s'agit en réalité d'une reconnaissance légale de la prostitution, qui n'est plus considérée comme "contraire aux moeurs". Ce texte a aussi donné lieu à des discussions de spécialistes de la législation pour savoir... comment harmoniser au mieux la nouvelle loi avec le système des contrats et obligations du code civil !

La loi reconnaît aux prostituées, qui n'avaient pas d'existence juridique jusqu'alors, un droit à une protection sociale (prestations chômage, maladie et retraite). C'est certes un minimum... qui devrait être garanti à chaque citoyen.

Mais dans le même temps, ce texte comporte des aspects réactionnaires et, contrairement à ce qu'affirment ses promoteurs, l'immense majorité des prostituées ne seront pas mieux protégées de l'exploitaiton et de la violence.

L'encouragement à la prostitution n'est désormais plus considéré comme un délit : les tenanciers de maisons closes ne sont plus passibles de poursuites (seuls les proxénètes peuvent désormais l'être) et, par exemple, la publicité pour leur activité peut donc être autorisée.

D'après la ministre social-démocrate pour les Questions féminines, Christine Bergmann, les prostituées pourront désormais, si par exemple leur "client" est mauvais payeur, appeler la police et faire constater l'identité du client ! En produisant un contrat en bonne et due forme, peut-être ? Elles pourront décider, "librement" précise le texte, des "services" qu'elles choisissent de rendre à leurs "clients" sans que leur "patron" (de maison close) puisse s'y opposer.

Tout cela est sordide. La prostitution n'est jamais un choix libre. Et la reconnaître comme une activité qui ne pose pas de problème est une insulte pour la dignité de toutes les femmes.

Sur les 400 000 prostituées recensées en Allemagne, environ la moitié sont d'origine étrangère (ukrainienne, albanaise, sri-lankaise, pakistanaise, etc.). Elles n'ont pour le mieux que des visas de tourisme, les autres sont sans papiers. Elles sont, de ce fait, encore plus à la merci des proxénètes. Si on avait voulu les aider à s'en sortir, la première chose à faire aurait été de leur donner des papiers, pour qu'elles puissent sortir de la clandestinité. Et les aider à trouver un travail normal.

L'Allemagne a concentré sur sa frontière orientale des milliers de gardes-frontières, pour empêcher les pauvres qui fuient la misère de l'Europe de l'Est et des Balkans de venir trouver refuge dans un des pays les plus riches d'Europe. Mais ce dispositif policier est bien incapable d'empêcher les trafiquants de femmes d'agir et de prospérer.

Les dirigeants du SPD et des Verts, qui ont fait adopter cette loi, se vantent de leur prouesse. "La nouvelle loi est un grand succès de la politique verte", s'est ainsi exclamée la porte-parole des écologistes pour les questions des femmes, Irmingard Schewe-Gerigk.

Il y a maintenant plus d'un siècle, un des fondateurs du Parti Ouvrier Social-Démocrate Allemand, Auguste Bebel, expliquait que le degré d'émancipation d'une société se jugeait au degré d'émancipation des femmes.

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