Grande Paroisse (AZF) Toulouse : Après l'explosion, les morts et les blessés, les menaces sur l'emploi07/12/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/12/une-1742.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Grande Paroisse (AZF) Toulouse : Après l'explosion, les morts et les blessés, les menaces sur l'emploi

L'explosion du 21 septembre à Toulouse a fait 30 morts, des milliers de blessés dont certains resteront infirmes à vie. Le dépôt des cars de la SEMVAT, quelques magasins ont été détruits et les quartiers populaires alentour ont été dévastés par le souffle. Le tiers de l'usine Grande Paroisse - AZF est détruit. À la SNPE, une des usines voisines d'AZF, les bâtiments administratifs et sociaux ont été détruits ou fortement endommagés, l'outil de production restant intact. Aujourd'hui, ce qui est en question est "l'avenir du pôle chimique".

Une fraction importante de la population des quartiers sud de Toulouse ne veut plus être soumise au risque, ce qui est parfaitement compréhensible. Les politiciens qui dirigent la mairie (de droite) ou le Conseil général et régional (de gauche) sont partisans d'une fermeture totale ou partielle du site. Douste-Blazy, le maire de Toulouse, aurait même menacé de s'enchaîner aux grilles d'AZF si l'usine redémarrait. Ce sont pourtant eux ou leurs prédécesseurs qui ont laissé la ville se développer autour de ces usines. D'autre part, aucun de ces politiciens ne remet en cause ni la politique du profit, ni celle de TotalFinaElf et sa responsabilité dans l'explosion. Comme d'ailleurs le patron de Latécoère, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie qui, lui, est partisan du maintien d'un site chimique sécurisé et qui ajoute cyniquement que "le risque doit être circonscrit aux seules usines".

Quant à l'intersyndicale du pôle chimique, elle réclame, elle aussi, une réouverture sous conditions, car "les salariés ne doivent pas être les boucs émissaires, la chimie est utile à notre société, on ne peut s'en passer, nous devons la maîtriser". Certes, le problème de fond est bien celui de la sécurité dans les usines, pas leur transfert à la campagne. Le problème, c'est le contrôle effectif de la sécurité par les travailleurs et la population sans tenir compte des impératifs de profit.

Mais pourquoi justement l'intersyndicale ne dénonce-t-elle pas les dirigeants de TotalFinaElf qui ont été capables de maîtriser leur profit à défaut de la sécurité de ses installations chimiques ? Cela rend peu crédible sa volonté de voir redémarrer ici "un pôle chimique modèle". Et finalement elle se retrouve sur la même longueur d'ondes que les dirigeants de l'usine, qui ont salué à plusieurs reprises "son sens des responsabilités".

Quant aux dirigeants de TotalFinaElf, ils ne se prononcent pas sur l'avenir du site. Deux mois après l'explosion il serait quand même surprenant qu'un grand groupe comme Total n'ait pas d'avis sur la question. Il est vrai qu'au niveau des amonitrates (une partie de la production d'AZF qui est moins rentable que le reste) le groupe avait déjà évoqué la suppression d'une des unités qui en produisaient dans le pays. Le sort ayant désigné celui de Toulouse, les dirigeants du groupe laissent la patate chaude de la responsabilité de l'avenir du site aux pouvoirs publics. Ils étaient d'ailleurs absents du "grand débat régional" organisé par le gouvernement le 30 novembre, autour du ministre de l'Environnement Cochet.

Lors de ce "grand débat" se sont exprimés les experts, les dirigeants du patronat local, le directeur d'AZF, les représentants des associations, syndicats et partis de la ville. Les salariés du site et d'AZF en particulier s'étaient rassemblés devant les portes du Palais des Congrès, car c'est aussi de l'avenir de leur emploi qu'il s'agissait.

Dans le rassemblement aussi, il y a eu des "débats", avec les "sans-fenêtres" présents, ou avec des militants de Lutte Ouvrière présents. Ces discussions, parfois animées sont restées cordiales même si les points de vue étaient opposés. D'ailleurs dans l'usine elle-même, les dernières assemblées du personnel ont bien montré des divergences d'opinion entre celle de l'Intersyndicale, très majoritaire, et une partie des ouvriers qui préféreraient que l'objectif de la lutte porte sur les salaires et l'emploi contre les dirigeants de Total, plutôt que sur un redémarrage hypothétique ou partiel du pôle chimique qui ne garantirait ni l'un ni l'autre.

D'ailleurs le directeur de l'usine a annoncé la couleur. Pour lui et les dirigeants de Total qu'il représente, après la catastrophe, la lutte de classes continue : chômage partiel à partir du 2 janvier et un plan social en avril. Et quand il a été précisé que le chômage partiel s'entendait avec des pertes de salaires pouvant aller jusqu'à 1 500 ou 2 000 F pour les postés (du fait de la non-prise en compte des primes), la simple menace de bloquer les portes par l'Intersyndicale a suffi à faire reculer le début du chômage à février.

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